×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

DE KILL BABY KILL A GENERATION KILL (2è partie)

mardi 23 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Génération Kill » commence bien, comme d’habitude, avec l’arrivée en trompette des soldats américains. Ils vont délivrer un peuple qui ne leur a rien demandé. Cela continue avec l’incohérence totale des ordres qui leur sont donnés, des actions qu’ils entreprennent et qui souvent avortent et où, remontant dans l’échelle hiérarchique, on se demande si quelqu’un a vraiment donné les ordres ou pas compris ce qu’on lui demandait, jusqu’au Pentagone ou au Gouvernement.

Et cela continue avec leurs bavures innombrables : difficile pour un américain qui n’est jamais sorti de chez lui – n’oubliez pas que Georges Bush n’avait pas de passeport car il n’avait jamais été à l’étranger avant d’être Président - de reconnaître un bon arabe d’un mauvais. Puis cela s’achève en fanfare comme croyant avoir gagné – on sait ce qui s’est passé depuis – ils rentrent chez eux au bout de quelques jours et ayant pris Bagdad, vivants, blessés ou morts, se croyant victorieux alors qu’un nouveau bourbier semblable au Vietnam (nous, nous le savions déjà), commence.

Nous sommes dans une Amérique devenue hégémonique et qui ferait presque regretter le mur de Berlin : tout était possible désormais pour les américains, seuls maîtres à bord. Heureusement, depuis, la Russie s'est réveillée, la Chine arrive vite, l'Inde monte, il y a désormais de l’espoir.

David Simon est là pour nous raconter leurs histoires, mais il nous laisse juges, à la manière des plus grands qui ne sont jamais univoques. Terrible est le moment où deux GI’s en goguette croisent une irakienne ravissante, qu’ils auraient bien envie de draguer et qui leur demande pourquoi ils sont venus, leur sourire s’éteint, ils ne savent que répondre. A ce moment là, elle leur dit pourquoi ils sont venus : pour le pétrole.

Pas encore diffusée en France (le sera-t-elle jamais ?), cette série télé est un coup de poing à l’estomac dont on se relève difficilement.
On pourrait dire, puisque le petit écran et le grand sont à peu près la même chose maintenant, et que vous regardez les films en vidéo plus qu’en salles, que c’est une œuvre aussi importante que « Voyage au bout de l’enfer » ou « Apocalypse Now » sur un autre moment de l’Amérique en guerre.

On est d’ailleurs en droit de penser qu’il y a eu en prémices quelques films admirables et sous-estimés comme « La Bête de guerre » de Kevin Reynolds, ce grand maudit dont je vous reparlerai, et plus tard le merveilleux film grotesque de David O. Russell « Les Rois du désert » qui allaient prophétiquement dans la même direction, c’est pour cela qu’on les a vite oblitérés de la mémoire collective.

C’est aussi, on le constate au travers de cette série, le retour pour les séries télé à un système de studios où le metteur en scène est interchangeable et où la politique de l’auteur est devenue la politique du scénariste producteur et auteur, tout comme à l’époque des studios on pouvait dire que certains films de la Métro étaient avant tout les films voulus par les producteurs et le Art Director (Ah ! Cedric Gibbons !), tous puissants, le metteur en scène étant parfois un simple exécutant.

David Simon produit et écrit, et fait écrire à d’autres du David Simon et le fait réaliser par d’excellents metteurs en scène dont le nom est interchangeable mais la qualité constante.

La suite demain.