×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

Votre dévoué Jack L'Eventreur était un artiste

mardi 25 août 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Selon mon principe, l’actualité c’est ce qu’on rend actuel, et nous ne sommes pas obligés de ne parler que des livres qui viennent de paraître.

Je vais revenir sur un ouvrage paru en 2004 (c’était hier), c’est « Jack l’Eventreur, Affaire classée » de Patricia Cornwell. Il m’a été donné à lire par Jean Giraud, qui partage avec moi la même répulsion instinctive pour les auteurs dans la tradition
« Le Masque », quels que soient leur importance, ce qui est le cas de Patricia Cornwell, et qui tout comme moi ne lit chez Ian Rankin que ce qui n’est pas l’inspecteur Rebus, le reste sentant bon la poussière quoiqu’on en dise (ceci est une opinion personnelle. Je connais des gens tout à fait exquis comme Jacques Baudou qui adorent ça).

En tout cas avec « Jack l’Eventreur, Affaire classée », Patricia Cornwell règle une fois pour toute un problème, celui de l’identité de Jack. D’abord, je voudrais faire amende honorable. J’ai longtemps dit que Jack l’Eventreur était un philosophe de la taille de Marx ou de Freud, travaillant à la même époque, et inventant le serial killer par nihilisme appliqué. C’est évidemment une ânerie car des serial killers, il y en a toujours eu. Que ce soient ceux qui en avaient plus ou moins le droit, comme Gilles de Rais ou la Comtesse Bathory car ils étaient nobles, jusqu’à ce qu’ils se fassent prendre parfois (Gilles) et que leur noblesse ne suffit plus à les défendre, et puis aussi le monde étant différent. Il se peut que quelques compagnons du tour de France venus de la Creuse comme moi, aient profité de leurs déplacements pour tuer de multiples gens. Il n’y avait pas à l’époque d’informatique (mais si je vous assure), et on n’a jamais pu régler ces affaires puisqu’on n’a pas su les voir.

Il est donc, à cause de la presse, le premier serial killer reconnu.

On sait qu’il y a eu mille livres sur Jack l’Eventreur, et que l’anti-monarchisme primaire des anglais fait qu’on a toujours cherché du côté de la Cour (les services secrets de cette époque n’étaient pas plus bêtes que ceux d’aujourd’hui, et ils auraient pu facilement, d’une part, faciliter ces exactions et ces forfaits, et d’autre part, mieux les dissimuler. Je me souviens d’un film où on apposait les armes royales sur la voiture de Jack et où on les enlevait quand on en avait besoin, comme si les autocollants existaient déjà).

Patricia Cornwell, elle, a trouvé. Elle prouve date par date que cela pourrait bien être le peintre misanthrope passionnant, désagréable mais talentueux : Walter Sickert. Elle le prouve, y compris le moment où il abandonne l’Angleterre, qui coïncide avec les adieux à la scène de Jack pour se rendre en France, où il sera mal vu, suite justement à quelques violences et exactions supplémentaires.

VotreDevoueJackLEventreurEtaitUnArtiste_defaultbody

Et surtout dans cette édition de 2004, elle peut enfin confirmer, ayant de nouvelles preuves grâce à un graphologue, Peter Bauer, que l’écriture de Jack l’Eventreur était bien celle de Walter Sickert, en comparant des lettres de 1890 du peintre anglais retrouvées dans les archives du Getty Center en Californie, et des lettres de Jack. Lesdites lettres proviennent en plus de la même rame de papier, portant la marque Gurney Ivory fabriqué à la fin des années 1880. Le filigrane et la fibre sont les mêmes.
De plus, les feuilles ne sont pas tout à fait d’aplomb, ce qui donne à prouver qu’elles ont été massicotées avec la même machine légèrement faussée. Les filigranes sont les mêmes, et comme ce grand fabricant de papier en changeait parfois pour quelques rames seulement, on s’aperçoit qu’il y a cinq filigranes différents dont deux relativement rares – je cite l’auteur – en commun entre les lettres de Sickert et celle de l’Eventreur.

C’est donc bien Sickert. Ce qui met la fin à un grand mystère mais qui permet d’en arriver à la peinture de Sickert qui est, on peut le dire, une preuve supplémentaire.

(Le livre de poche auquel je me réfère est le numéro 37007).

Regardez les peintures de Sickert et les photos de Sickert dans le beau livre « Sickert : Paintings & Drawings » de Wendy Baron, publié par The Paul Mellon Centre for Studies in British Art, en association avec Yale University Press New Haven London, vous comprendrez ce que je veux dire.

VotreDevoueJackLEventreurEtaitUnArtiste2_defaultbody
VotreDevoueJackLEventreurEtaitUnArtiste3_defaultbody
Commentaires (4)