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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Magie Russe

jeudi 15 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet"

Par hasard et en occase (charme du polar déjà lu et qui va passer de mains en mains), je suis tombé sur le livre de Donald James « La Magicienne de Mourmansk ».

C’est un livre prodigieux édité au départ aux éditions l’Archipel et reparu en Pocket et une uchronie.

Pour les plus novices d’entre vous, je rappellerais que l’uchronie est un récit historique basée sur l’idée de « si » (si Hitler avait gagné la guerre, voir Philip K. Dick ou au Japon, si les japonais avaient gagné la guerre, voir une bande dessinée admirable de Maruo) et la dernière uchronie formidable que j’ai lue était le « Roma Eterna » de Silverberg : si les romains s’étaient débarrassés à temps du Christ et de Mahomet afin que l’Empire continue jusqu’à aujourd’hui et jusqu’à ce que les juifs partent pour la lune se fonder enfin un pays…

« La Magicienne de Mourmansk », suite de « Monstrum » sur lequel je me jetterai bientôt, est une histoire qui se passe dans une Russie dévastée par une guerre civile en 2017, donc une uchronie proche et même un peu balourde c’est-à-dire totalement réaliste et absolument éblouissante.

Donald James n’est pas un gamin puisqu’il est né en 1931, c’est un historien qui a fait de nombreux documentaires sur la Russie pour la BBC et cette aventure du commissaire Vadim est en tout point admirable.

Il est presque russe dans sa manière de penser puisque malgré les désordres continuels, la vodka qui coule à flot, abrutissant les esprits gelés, les trafics nombreux, ici d’enfants surtout sortis d’un goulag, les sous-marins devenus phosphorescents suite à des fuites nucléaires et un hiver sibérien au sens propre qui engloutit les esprits, on sent qu’il aime cette Russie engluée dans sa tristesse et pourtant incroyablement vivante.

En plus il dit clairement et j’ai toujours eu cette impression, que le communisme en Russie dont on a voulu faire un des hauts points du siècle dernier, n’était qu’un évènement historique marginal, remplacement de tsars par d’autres tsars laïques auxquels vont succéder des mafieux pas pires que les gens normaux au bout du compte à partir du moment où ils ont le pouvoir – une idée que j’aime bien – et surtout il y a dans cette histoire qui mélange magie et vérisme, un savant équilibre qui fait que l’on tourne les pages – c’est un thriller – mais qu’on ne se sent jamais idiot.

C’est un ouvrage d’une incroyable richesse et je me demande comment j’ai pu passer jusqu’à présent à côté de Donald James.

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