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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Terry Southern enfin révélé

mercredi 28 octobre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ca fait longtemps que j’attendais qu’un éditeur édite enfin Terry Southern, ce génie trop dispersé qui écrivit aussi bien « Dr Folamour » que l’incroyable film « The Magic Christian » avec Peter Sellers et Ringo Starr, sublime allégorie, qui est un des films préférés de Alan Moore (pour une fois je suis d’accord avec lui).

C’est aussi à lui qu’on doit l’extraordinaire roman « Candy » qui deviendra un film aberrant avec Brando en gourou auquel il participa mais il a aussi, toujours pour le cinéma, écrit les dialogues de « The Loved One » (« Ce cher Disparu »), magnifique comédie, première du genre dans le milieu des pompes funèbres.

On lui doit les scénarios aussi, de films aussi marquants, à des titres différents, certains sont des chefs-d’œuvre et certains ont pris un coup de vieux, que
« L’Obsédé » de William Willer, « Le Kid de Cincinnati » avec je le rappelle Steve McQueen, le délirant « Casino Royal » et « Barbarella ». Il a même co-écrit « Easy Rider ».

Mais il a tout fait puisque dans la beat generation, on peut dire qu’il est le père fondateur. C’est lui qui mettra le pied à l’étrier, en lui trouvant un éditeur, à William Burroughs et qui imposera à Maurice Girodias « Festin Nu ».

Le livre « Texas Marijuana » publié par Gallmeister qui fait un formidable travail dans sa collection Américana en ce moment, contient d’ailleurs une excellente et trop courte biographie de Terry Southern.

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Le livre m’a déçu car il commence par des nouvelles, presque toujours formidables, mais qu’on a l’impression pour certaines d’avoir déjà lues quelque part, puisqu’il s’attaquait à un genre jusqu’alors largement balisé. Mais dès la seconde partie avec une histoire mexicaine et un très joli échange d’appartement entre le docteur Freud et Franz Kafka, ça s’améliore.

Et sur la fin, on part dans le réel même si ce sont des fictions, avec toutes les dérives possibles et ça devient génial depuis l’envie d’écrire un livre sur les majorettes en passant par une interview impromptue d’un ancien mercenaire qui a été de tous les conflits sales où l’Amérique envoyait ses gars.

Il y a aussi une rencontre, racontée sans doute, véridique ou peut-être enjolivée, de cet extraordinaire écrivain de polars nietzschéens Mickey Spillane au moment où il décide de jouer « Mike Hammer » au cinéma puisque « Mike Hammer » c’est lui, qui m’a fait penser je ne sais pourquoi à la nouvelle de Capote qui avait tant irrité Brando « The King in his domain » : peut-être parce que Capote justement l’avait parfaitement capté.

Et d’autres textes encore qui nous rappellent soudain que son écriture là justement fut aux sources d’un renouveau soudain de l’écriture en Amérique et que c’est chez lui que Tom Wolfe, Norman Mailer quand il a voulu devenir reporter, et surtout Hunter S. Thompson, trouvèrent les sources de ce que l’on va appeler un peu plus tard « Le nouveau Journaliste ».

Bien sûr il était ami avec les personnages les plus « groovy » de son temps, de Charlie Parker à Thelonious Monk en passant par Anthony Burgess, Jane Fonda ou Allen Ginsberg, sans oublier bien sûr Jackson Pollock, Robert Franck ou Dennis Hopper. Mais il ne faut pas s’étonner de trouver aussi parmi ses proches T.S. Eliot ou Samuel Beckett.

En fait, c’est un livre indispensable, simplement je vous conseillerais de le lire à l’envers en commençant par sa biographie puis les textes de la fin et en remontant jusqu’aux premières nouvelles qui sont, comme je l’ai dit, très bien, mais sans le génie qu’on trouvera dans les textes suivants.

Une lecture totalement indispensable (info@gallmeister.fr).

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