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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Dean Koontz a un fils - 1ère Partie

lundi 28 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dean Koontz a un fils et il ne sait pas qui est son père

« Le Cas Jack Spark », aux éditions Jean-Claude Gawsewitch (dont je me demande si ce n’est pas le fils des Gawsewitch chez qui j’achetais des journaux à Livry Gargan, Place de la Libération quand j’étais petit, ce serait drôle qu’il y ait trois éditeurs entre Claude Durand, lui et moi qui viennent de Livry), est malignement appelé « Saison 1 : Eté Mutant », référence directe aux séries télé car c’est bien de l’équivalent d’une série télé, ici, qu’il s’agit.

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L’auteur, Victor Dixen, n’a que trente ans. Son père est danois, sa mère est française, apparemment il a une vie bizarre et profite de son insomnie pour écrire. Tant mieux pour nous. Il est inculte au bon sens du mot. Par exemple, dans une note, il parle de « La Chute de la Maison Usher » et sans doute donc du film de Corman avec Vincent Price, en faisant référence à la Hammer, qu’il présente comme « une ancienne maison de production américaine spécialisée dans les films fantastiques ».

Il ne sait donc pas faire la différence entre Corman et Fisher, entre Hammer producteur anglais et American International Pictures, la maison de Roger Corman à l’époque, et c’est tant mieux car on n’a pas besoin d’être cultivé pour faire peur, la preuve. Je dirais même au contraire.

Vous allez vous demander pourquoi je parle de Dean Koontz dans le titre, parce que Dean Koontz est un secret bien gardé que nous sommes quelques-uns à partager, pas nombreux d’ailleurs : Koontz va dans tous les sens, faisant absolument n’importe quoi au sens propre, on lui doit quelques-uns des livres les plus fascinants des trente dernières années.

D’abord des thrillers d’horreur aussi bons que ceux de Stephen King puis de plus en plus, des livres expérimentaux et abracadabrants comme « La Porte Rouge » que m’a fait lire Moebius.

Je n’en suis pas encore revenu, dans ce livre l’histoire commence droite et rectiligne, pour prendre ensuite une tangente gauche qu’on n’attend pas, puis une autre direction, perpendiculaire, qu’on attend encore moins, puis encore un autre tournant, en épingle à cheveux, et elle ne cesse d’évoluer changeant sans arrêt de style, de ton, d’ambiance et même de personnages. C’est en quelque sorte l’équivalent du
« Garage Hermétique » de Moebius, ce qui lui a paru évident quand je lui ai dit.

Récemment, j’ai décroché d’un autre livre de Koontz à la page 150 (il fait des énormes volumes), en disant à Giraud que je n’en pouvais plus, que ça fait 150 pages qu’on attend l’apparition du monstre qui va venir terroriser l’enfant et au bout de 150 pages, il ne s’est rien passé.

Le vieux sage Jean Giraud m’a répondu :
« tu aurais dû lire jusqu’au bout : à la fin, le monstre n’est pas encore arrivé ».

C’est ce talent foisonnant, quelque part expérimental sous des dehors de livre traditionnel et dans une collection populaire, proche des expérimentations de
« L’Oulipo » que la plupart des livres de littérature biens sur eux, et donc de la littérature foisonnante que nous aimions tant jadis, que retrouve Victor Dixen dont le livre n’a pas cessé, à chaque volte inattendue, de me fasciner.

Et pour la première fois depuis des années, le meilleur livre d’horreur que je lis est pour adolescents, ces temps-ci c’est d’ailleurs plutôt dans les romans pour adolescents que je trouve ma pature, ils sont souvent plus riches que les romans pour adultes, et Victor Dixen retrouve ici ce qui faisait la grandeur de la littérature française au XIXème siècle.

Prenez « Les Travailleurs de la Mer » de Victor Hugo, c’est un roman maritime mais en cours de route, l’affrontement du poulpe géant, décrit d’une manière extrêmement détaillée et en même temps presque incompréhensible, fait dans l’horreur et on est déjà chez Lovecraft.

C’était Victor Hugo qui n’hésitait pas à changer de genre en route, à faire évoluer une histoire au fil de son imagination, sans hésiter, ce qui semble désormais interdit par des conventions absurdes, faisant des livres qui n’entraient dans aucune catégorie, sinon leur auteur, Victor Hugo.

Demain, je vous le jure, je vous parle enfin du cas Jack Spark, premier volume, qu’il faut que vous acquériez toute affaire cessante.

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