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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LA MORT EN CE JARDIN : BUÑUELIEN !

jeudi 22 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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La dernière fois que j’ai vue « La Mort en ce Jardin » c’était il y a une douzaine d’années, quand je l’ai passé dans « Cinéma de Quartier ».

 

J’avais été frappé par son côté prémonitoire.

 

C’était un pur film de cinéma de quartier, en couleurs et avec des stars, Georges Marchal habitué des péplums à l’époque entre autres, Simone Signoret et Charles Vanel pour cause de co-production avec le Mexique, et par l’histoire : ces étrangers qui ont des placers et que soudain le gouvernement mexicain dépossède, d’où révolte et fuite dans la jungle.

 

C’était donc en gros du Damiano Damiani, « El Chuncho », avant l’heure.

 

D’autant que c’était le deuxième film en couleurs après « Robinson Crusoe » de Buñuel et qui avait tous les apparats du genre : un vrai tournage au Mexique dans une vraie jungle, le contraire en somme de « Le Salaire de la Peur », mais la même touche d’exotisme frelatée à cause justement des circonstances co-productrices du film franco-mexicain donc. Je viens de le revoir puisqu’il ressort aux éditions Montparnasse dans une copie magnifique. En VF : c’est mieux, définitivement, pour les films de cinéma de quartier que j’ai vus quand j’étais petit en version française, c’est la version française qui me parle.

 

C’est comme ça. Des voix un peu robotisées mais qui, co-production encore, sont parfois celles des vrais comédiens quand il s’agit de français comme les susnommés, et des voix plus anonymes mais qu’on connaît par cœur pour les autres acteurs.

 

Mais cette fois-ci j’ai été frappé par le fait qu’il s’agit, comme le remarque Charles Tesson et Philippe Rouyer dans les suppléments qui ne sont pas mal, même s’ils n’arrivent pas à faire le tour du film (ça tombe bien moi non plus), d’un concentré des « obsessions buñueliennes ».

 

Au fil de l’histoire on découvre que l’aspect politique n’est que prétexte, que l’aspect aventure même s’il est tenu, n’est que prétexte également, que ce qui intéresse Buñuel jusqu’à la scène magnifique de la jungle avec les restes de l’avion « de riches » qui s’est écrasé avec robes du soir et bijoux épars, est un concentré des « obsessions buñueliennes ».

 

Enucléation comme dans « Un chien Andalou », obsession des sacs et des bourses qui contiennent « des choses ». Des diamants que Simone Signoret pourtant vénale, va rendre à son propriétaire Charles Vanel, dédaigneuse soudain, tout comme la sourde-muette (encore une obsession buñuelienne) va rendre la montre au curé.

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Il y a même une scène où ledit curé joué par Piccoli, un futur grand acteur buñuelien régulier, extrait des tonnes de choses de son sac à lui comme dans un film des « Marx Brothers ». Il y a tout dans ce sac et il est possible de tout en extraire.

 

C’est d’ailleurs Piccoli à la revoyure qui vole la vedette en missionnaire grotesque, faisant sans vouloir le savoir, le chemin pour les grosses sociétés minières car une fois qu’il aura christianisé les indigènes, on pourra les faire travailler pour rien.

 

Avec son costume blanc genre Renoma, ses bottes de cheval, sa faiblesse apparente, son refus de comprendre quoique ce soit, il est extraordinairement touchant, irritant en même temps.

 

Mais c’est décidément la scène de l’avion écrasé dans la jungle la plus belle car c’est un tableau surréaliste : l’apparition soudaine sous une aile d’avion de richesses arrivées là, surgies de nulle part, « culte du cargo ».

 

Un grand moment où soudain l’action s’arrête et se fige, tout comme elle s’anime tout aussi arbitrairement dans le moment sidérant où on se retrouve soudain sur les Champs-Elysées avec son et bruits de voitures : c’est une carte postale de Paris que regardait Charles Vanel avant de la brûler, qui prend vie, quatre secondes, sans raison.

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