×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

LES MEILLEURES REVUES LITTERAIRES SONT PARFOIS DES CATALOGUES DE LIBRAIRES (1)

vendredi 30 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

La librairie Nicaise (145 bld Saint-Germain 75006 Paris – info@librairienicaise.com) fait de merveilleux catalogues, admirablement mis en pages, qui valent bien des livres tant il y a de choses évoquées, du pointu comme de l’évident mais c’est le pointu qui m’intéresse.

20100713120423_00001_defaultbody

Si je reprends le catalogue d’avril 2008, la plupart des œuvres devant être vendues, je retrouve le « Mardi » de Herman Melville aux éditions Robert Marin en 1950, dont j’avais oublié que la couverture magnifique était de Max Ernst.

20100713120449_00001_defaultbody

20100713115924_00001_defaultbody

Dans le catalogue de novembre 2008, il a dû se vendre entre temps,  je découvre que Maurice Lalau, illustrateur populaire raffiné issu de Rackham, Dulac et les autres, a aussi fait dans l’art déco avec un admirable « Tabubu » paru en 1932 où il illustre Rosny Aîné, un des créateurs du Goncourt et aussi écrivain de science fiction conséquent.

20100713115959_00001_defaultbody

Dans le catalogue de juin 2009, j’ai été interpellé par le fait que Frank Kupka, immense dessinateur et peintre tchèque a aussi apparemment fait dans le roman graphique avec « Quatre histoires de blanc et noir gravées par Frank Kupka ».

 

Il faudra que je trouve un jour l’œuvre pour voir si elle est bien narrative et s’il aurait donc été également dans le roman graphique et donc forcément un de ces maîtres.

20100713120101_00001_defaultbody

Sans-titre-14_defaultbody

Et enfin pour passer aux choses sérieuses, dans le catalogue de décembre 2009, le plus récent, il y a une incroyable photo d’Antonin Artaud à propos du livre d’Antonin Artaud et Denise Colomb, « Le Visage Humain », édité par Fata Morgana en 1993, il n’y a pas si longtemps donc mais les beaux livres existent toujours.

Denise Colomb a photographié Artaud, Giacometti, Ernst, Bram van Velde et Vieira da Silva.

Elle rencontra Artaud à la galerie Pierre Loeb en 1947 et elle dit : « Il changeait tout le temps d’expression. J’avais à peine le temps d’armer et d’appuyer. Ses mains étaient aussi tragiques que son visage. On aurait dit qu’il avait des menottes. J’étais bouleversée ».

Sans-titre-1_defaultbody

Le livre n’a été tiré qu’à trente exemplaires et il est déjà à un prix conséquent : 3500 euros, ce qui prouve que la bibliophilie existe encore quand les éditeurs sont intelligents et choisissent les bons sujets.

 

Ce qui m’a également interpellé c’est « Le Laboratoire Central » de Max Jacob, publié aux éditions Au Sans Pareil en 1921.

Enrichi d’un poème en cours de Max Jacob et surtout d’un dessin de Trémois pour qui je n’ai pas grande admiration mais qui s’avère ici éblouissant :

on dirait du Max Klinger.

20100713120029_00001_defaultbody

Pour la petite anecdote, ce livre un peu cher (4800 euros) – mais moins cher qu’un sac à main de pétasse : cherchez l’erreur - est peut-être vendu, dédicacé par Max Jacob donc à Willy Michel dont il y a quelques clichés.

Or Willy Michel passe souvent, comme le dit le libraire, pour l’inventeur du photomaton.

« Il en abusait en effet avec les personnalités du monde littéraire et artistique ayant une cabine dans son atelier au 26 boulevard des Italiens à Paris, le « Studio d’Arts – Photomaton ».

20100713120130_00001_defaultbody

Demandez donc ces catalogues, vous verrez qu’il y a aussi des livres pour toutes les bourses (ce qui tombe bien pour les ouvrages « curiosa ») et surtout, si vous en achetez quelques-uns, peut-être que vous continuerez à recevoir lesdits catalogues qui sont une des plus belles revues actuelles.

 

Dernière minute :

 

Ca y est, j’ai récupéré le premier catalogue de la librairie Niçaise, le numéro 1 d’avril 2007, déjà indispensable.

 

Tout doit être vendu hélas, n’empêche que ça fait saliver.

 

Comme par exemple « Au royaume du bistouri » dont je vous montre la couverture, qui était une plaquette humoristique mettant en scène des infirmières au front, préfacée par Marcel Proust !

Et moi qui disais que les deux seules éditions possibles du « Jardin des Supplices » étaient celle de Raphaël Freida et celle de Eichenberg. J’ignorais, ça donne envie, celle publiée par Ambroise Vollard en 1902, d’Auguste Rodin, avec vingt et une lithographies de Rodin qui ne paraphrasent pas le livre mais, corps nus torturés, viennent compléter « autrement » le texte de Mirbeau.

 

Comme il s’agit de Rodin, il y aura peut-être quelqu’un un jour pour nous rééditer ça.

20100713120354_00001_defaultbody
Commentaires (1)