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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Les Moutons electriques vont à Hicksville - 3ème partie

jeudi 5 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Par exemple (mais j’irai vite car détruire n’a pas grand intérêt sinon pour vous dire que le livre est à prendre avec des pincettes) : ils ne connaissent pas le numéro de « Analog » où Jack Kirby racontait en dessin, au crayon, sa jeunesse qui anticipait sur les romans graphiques autobiographiques de Will Eisner.

Quand ils parlent de petits maîtres encrant à la place de Joe Simon, Jack Kirby, ils oublient qu’il y avait parmi eux l’extraordinaire Mort Meskin (nous sommes quelques-uns comme Spiegelman à penser qu’il fut un des plus grands dessinateurs du comic book).

Quand ils disent que Kirby parut d’abord chez Artima, cela prouve qu’ils n’ont même pas été voir les deux ou trois vrais spécialistes comme Fred chez Déesse qui leur aurait sorti, paru immédiatement après-guerre, le grand format « Blue Beetle » et le récit complet de « Hurrah », tous deux parus juste après la seconde guerre mondiale.

Ils ne se sont pas aperçus non plus, ils n’en parlent même pas, que le seul succès en comic strips de Jack Kirby qui dura plusieurs années, encré par Wallace Wood, « Sky Masters », histoire de science-fiction proche et de conquête de la lune, a été presque entièrement publié en France à l’aube des années 60 dans l’hebdomadaire « Hurrah » dernière formule, justement.

Comme ils se sont bien gardés de faire une biographie - bibliographie où ils se seraient aperçus de trous conséquents au niveau des dates puisque Kirby produisait énormément, ils ne savent apparemment pas que Kirby consacra plusieurs années à des projets jamais aboutis pour Empire Entertainment et pour Charles Band, lançant des concepts comme « Mind Master » ou « Docteur Mordred » (une espèce de « Dr Strange » qui lui fut réalisé) et pour le plaisir, je vais vous montrer une image de la plaquette « Mind Master ».

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Leur bibliographie sélective est d’ailleurs aussi partielle que subjective puisque commencer par la période « Marvel », c’est vouloir ignorer que dans la période « Atlas », lors des gros monstres, Kirby, soit physiquement, soit au niveau du concept, créa un certain nombre de personnages comme « The Hulk » ou « Spiderman ».

Tout cela est d’autant plus dommage que « Sky Masters » tenait compte de manière évidente du pop art naissant et que certaines images (je me souviens d’un strip où le même dessin était agrandi trois fois jusqu’à un gros plan) semblaient inspirées, ce qui était un comble, de Roy Lichtenstein.

Quand ils parlent du « Prisonnier » qui fascina Kirby qui s’en inspira dans les
« Fantastic Four », ils oublient de dire que Kirby dessina aussi « Le Prisonnier » pour une série dont Marvel ne voulut pas en fin de compte, mais dont les planches existent et sont connues de tous.

Quand ils parlent d’un hommage à Foster (à propos des maîtres qui l’inspirèrent), ils choisissent un dessin de « Prince Vaillant » représentant un masque indien qu’on retrouve dans « Le Démon ». Mais ce masque indien se retrouve aussi dans la série populaire italienne « Kinowa » et pour cause, car tous s’inspirèrent d’un masque indien connu qui avait été photographié, si je me souviens bien, par Curtis au début du siècle.

Et quand ils parlent des « love comics » qui périclitèrent dans les années 70, ils se gourent totalement -voir les articles à ce sujet basés sur à la fois les chiffres de vente et la connaissance qu’on avait du lectorat, parus dans « Comic Book Market Place »- puisque les « love comics » n’étaient absolument pas lus par des lectrices (qui ne lisaient pas de comic books), mais par des garçons adolescents, normalement obsédés, qui y cherchaient l’essentiel, c’est-à-dire des nanas bien roulées, ce qu’on appelait le « good girl art », l’histoire romantique n’étant qu’un prétexte hypocrite.

Quand ils disent ne pas être convaincus par « Soul Love » qui effectivement était une idée un peu étrange (un dessinateur juif quinquagénaire qui s’adresse au public de « Shaft »), ils oublient totalement qu’un peu plus tard, avec « Black Panther », Kirby qui avait toujours fasciné les banlieues y compris les banlieues noires, fut encensé dans les magazines spécialisés comme « Ebony » et que ce fut un dessinateur noir, Billy Graham, qui prit sa suite, essayant de faire aussi bien (il a hélas depuis disparu des radars) et curieusement ce sont quatre metteurs en scène noirs qui depuis ont essayé de monter, en vain pour l’instant, « Black Panther ». Et je me souviens, anecdote qu’ils ne peuvent pas connaître, que les « Run-DMC » et « Sugarhill Gang » faisaient leurs délices de « Black Panther » puisque c’était un retournement de situation total par rapport à Tarzan : c’était dans la jungle qu’il y avait la civilisation et quand « Black Panther » venait à New York, ils découvraient un monde inférieur.

Enfin, dans « Figures, Motifs et Dispositifs », quand ils se demandent si Kirby est le véritable auteur des récits de la Marvel, ils ne considèrent que l’aspect visuel, ce qui me semble totalement idiot puisque, on le sait maintenant, Kirby fut le créateur de la plupart des personnages dont par exemple « Spiderman » qu’il dessina avant qu’on ne le confie à  Ditko. Et qu’après dix minutes de discussion avec Stan Lee, il dessinait les histoires Stan « The Man », Stan ajoutant les bulles. Kirby était une machine à dessiner, il lançait en l’air des concepts et quand il n’avait pas le temps de tout réaliser, Stan Lee les confiait à d’autres.

Que le livre par ailleurs contienne quelques notions très justes comme ce qu’ils appellent « l’autisme de Jack Kirby » me paraît tout à fait recevable, mais que peut-on dire d’un auteur qui parlerait des nouvelles de Maupassant, sans connaître les romans, ou de Gérard de Nerval en ignorant son « Voyage en Orient »?

On attend donc toujours, j’espère que cela viendra un jour, un livre définitif sur Jack Kirby qui est beaucoup plus qu’un dessinateur de comic books puisqu’il inspira aussi, chose que nos amis veulent ignorer ou ignorent, nombre de créateurs de l’underground qui le mettaient à part comme Spain Rodriguez.

On peut considérer en vérité qu’avec son « Trashman », une histoire de motards futuristes de San Francisco où les diggers sont amenés à pratiquer l’ultra violence pour se débarasser du fascisme rampant, Spain fait son Kirby. C’est donc un livre tout à fait dispensable.

En revanche, je vous parlerai bientôt du Steranko qui lui, avec deux ou trois oublis tout à fait raisonnables car on ne peut pas tout connaître ou avoir eu comme moi la chance de connaître cette époque et très bien le Steranko en question (que je vois toujours d’ailleurs), est complet au niveau de l’œuvre du maître. Mais sur ce que j’en pense vraiment, vous attendrez une prochaine fois.

PS 1 : Il aurait été amusant aussi d’évoquer la manière dont Erro glorifia Kirby sans le détourner mais en le copiant scrupuleusement dans une grande partie de ses toiles des années 80 où il s’inspirait de la bande dessinée sans le mépris de certains pop artistes de la génération précédente... Il préférait d’ailleurs Gil Kane, plus facile à pomper.

PS 2 : Je me souviens à la seconde qu’à Lucca justement, avec Kirby toujours, nous avions longuement parlé de Druillet qui n’était pas là et qu’il voulait rencontrer, qui le fascinait car il parvenait, selon Jack, à la même chose que lui par des moyens différents. Ils firent même un jour le même dessin, une couverture de « Thor » et une de « Lone Sloane », à un mois d’écart : avec la terre prise entre trois griffes cyclopéennes. Synchronicité toujours.

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Les Moutons electriques vont à Hicksville - 2ème partie

mercredi 4 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

En effet, appliquer une grille de lecture à Jack Kirby qui soit autre chose qu’une simple narration de faits enrichis de quelques considérations maladroites comme nombre de fanzines, part d’un bons sentiment. Cela aurait pu être un très bon livre.

Je mettrais d’abord en question ladite grille qui ne me semble pas s’appliquer tout à fait à Jack Kirby que j’ai un peu connu, à l’époque où je fréquentais beaucoup Stan Lee, qui travaillait alors avec Alain Resnais.

Quand ils étaient là tous les deux c’était Stan Lee qui parlait, mais je l’ai ensuite revu à Lucca, j’ai découvert que Kirby était un véritable autodidacte qui connaissait un grand nombre de choses.

Il savait tout de Fraser et du « Rameau d’Or », il savait tout des livres fondateurs sur la mythologie celte, entre autres ceux de Robert Graves et de Campbell (ça tombait bien : j’avais assisté à une conférence qu’il avait donnée sur les mythes, dans une université américaine, à la suite de Stan Lee, qui à ce moment là faisait le tour des universités).

Il était fasciné par Jung (et pas par Freud et pas par Adler) et adhérait complètement à sa théorie des archétypes, pensant que nous avions dans nos gênes des connaissances réelles venues de l’aube des temps. Je lui ai parlé de Bachelard et cela l’a tout de suite fasciné et il m’avait dit qu’il essaierait, ne parlant pas le français, de trouver des éditions américaines. C’est vous dire qu’il n’était pas qu’une éponge mais aussi quelqu’un qui réfléchissait.

Il connaissait aussi admirablement les peintres romantiques et symbolistes et ne s’est pas privé de s’en inspirer ce que, en 1975 déjà, dans un catalogue sur Henry Fuseli, compagnon de route de William Blake avec lequel il correspondait souvent (il était d’ailleurs venu vivre en Angleterre pour être à côté de lui et de Flaxman). Cette expo à la Tate Gallery, on la vit un peu plus tard au Petit Palais (c’était l’époque de
« bande dessinée et figuration narrative » et les arts se mélangeaient bien davantage qu’ils ne le font depuis).

On voyait bien par exemple que pour la couverture du numéro 160 de « Thor », Kirby s’était très directement inspiré d’une peinture de Fuseli : « Thor Battering The Midgard Serpent ».

Comme Blake d’ailleurs et comme Fuseli aussi, Kirby savait très bien qu’il tentait de recréer une mythologie dans un monde sans dieux et sans certitudes aucunes, il pensait que c’était de là que surgirait la lumière.

Stan Lee, lui, était indifférent à cet aspect théorique et l’on sait que depuis, les deux complices se déchirèrent jusqu’à la mort de Jack Kirby, pourtant à les voir ensemble ils étaient définitivement complices et comme Laurel et Hardy, l’un sans l’autre, cela n’allait pas bien, car sinon pourquoi l’admirable série « Fourth World » de Kirby n’aurait-elle pas marchée ? Peut-être simplement parce qu’il lui manquait la dérision, l’air du temps que savait si bien rajouter Stan Lee dans des planches de Kirby que certains autrement auraient considéré comme un peu froides, ce qui fut le cas de ses œuvres ultérieures.

De plus Kirby, comme les artistes précités, etait un médium qui a plusieurs fois répété que quand par exemple il faisait « Fourth World » (4 fascicules par mois), il n’avait pas d’idées préalables : il dessinait et il dessinait sans cesse (il devait livrer 80 planches par mois) et jetait ensuite, comme il le disait, les pages en trop !

Non, ce qui m’a tué dans ce livre, c’est que contrairement à la génération précédente et fondatrice des Pierre Couperie, Jacques Goimard et autres, nos deux complices n’ont pas fait leur travail scolaire préalable. Le livre est plein de bourdes.

Ils avaient pourtant tout ce qu’il fallait, entre autres, la revue trimestrielle qui dure depuis maintenant dix ans « Jack Kirby Collector » qui contient des merveilles, ils avaient aussi des informations de première main, l’un fréquentant l’autre, dans les deux volumes sur l’histoire des comics de Jim Steranko et une bonne trentaine de livres ou de numéros spéciaux de revue sont parus sur Kirby, et pourtant ils omettent plein de choses et disent donc plein de bêtises.

La suite demain.

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Les Moutons electriques vont à Hicksville - 1ère partie

mardi 3 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ce titre vous semblera un peu tarabiscoté voire imbitable si vous ne connaissez pas le magnifique ouvrage consacré à une île perdue, paradis des bandes dessinées où les auteurs ne sont pas morts et ont continué leur œuvre, « Hicksville » de Dylan Horrocks qui depuis est devenu scénariste pour DC et a perdu en personnalité ce qu’il a gagné en argent, un peu comme Ed Brubaker, auteur de comics underground autobiographiques passionnants qui lui s’en est mieux sorti avec toutes ses bandes dessinées pour DC Comics. « Hicksville » est paru en France à « l’Association ».

Mais ça y est, je digresse déjà.

En effet, Les Moutons Electriques est un des éditeurs les plus passionnants d’aujourd’hui. Tout d’abord, parce qu’ils ont ressuscité « Fiction », de belle manière, ensuite parce André-François Ruaud et les autres ont consacré une série de livres passionnants au grand mythe populaire de James Bond à Conan et à Arsène Lupin, avec la collection « Bibliothèque des Miroirs ».

Parce que leur panorama illustré de la fantasy et du merveilleux de Ruaud encore et d’Olivier Davenas, est un ouvrage indispensable.

Ensuite parce que leur collection « Etudes et Essais » sur Robert Heinlein ou Poul Anderson sont formidables, ensuite parce qu’avec la bibliothèque voltaïque, ils publient quelques-uns des meilleurs romanciers français actuels. Et d’autres en petit format.

Mais aussi parce que dans les nouvelles et les romans, ils rééditent les indispensables comme John Crowley, le merveilleux auteur de fantasy Thomas Burnett Swann, contemporain de Tolkien qui lui est tout à fait supérieur, parce qu’ils ont relancé maintenant la belle revue « Yellow Submarine » qui depuis 1983 est la meilleure revue consacrée aux littératures de l’imaginaire (on en reparlera), et voici maintenant qu’ils se lancent dans la bande dessinée avec deux ouvrages consacrés à deux auteurs totalement incontournables, Jim Steranko et Jack Kirby, en attendant un Miyazaki qui m’inquiète.

En effet, j’ai été le premier à sortir les films de Miyazaki hors du Japon, je l’ai bien connu, nous avons longuement parlé et les auteurs du livre ne sont jamais venus à moi. Il y a donc peut-être des choses qu’ils ignorent.

J’ai vu ensuite qu’ils annonçaient un livre sur « Métal Hurlant » que j’attends forcément avec une grande curiosité.

Aujourd’hui, je ne vous parlerai pas du Jim Steranko de Guillaume Laborie qui est le premier livre français sur cet artiste singulier et passionnant mais par contre je vais vous dire ce que je pense de « Les Apocalypses de Jack Kirby » de Harry Morgan & Manuel Hirtz.

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Manuel Hirtz, je ne sais pas grand chose de lui, mais Harry Morgan, lui, avait commis quelques essais comme « Les Principes des Littératures Dessinées » publié aux éditions de l’An II que j’avais trouvé plutôt bien.

Il co-signe l’ouvrage avec Jérôme et Emmanuel Le Glatin dont ils reprennent l’extraordinaire bande dessinée « Kirby Cephale Contact » qui ne contient que des cases de machines de Kirby, ce qui est une forme de critique dessinée tout à fait passionnante.

J’arrête là pour les compliments : le livre m’a effondré.

La suite demain.

L'Encyclopédie de la Fantasy de Jacques Baudou

lundi 2 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

EN DES TERRITOIRES FORCEMENT IGNORES :
L’ENCYCLOPEDIE DE LA FANTASY
DE JACQUES BAUDOU
aux éditions Fetjaine


Ma seule réticence, c’est la couverture, qu’entre nous je trouve vilaine et pas à la hauteur du contenu, et la maquette aussi, que je ne trouve pas bien jolie. Quand arriverons-nous à faire des choses aussi belles que les livres anglais du même genre qui sont à la fois ludiques, enfantins et beaux ?

Toujours est-il que ce livre autour de la Fantasy et essentiellement autour de la passion pour Tolkien de Jacques Baudou (que je ne partage pas), m’a secoué la tête.

Parce qu’il fait bien le tour du genre. Parce qu’il explique que c’est des contes de fées et des mythologies que tout cela vient. Parce qu’il n’oublie pas de citer la série télé
« La Belle et la Bête » par exemple, qu’en son temps j’ai adorée ou « Le Songe d’une nuit d’été » de Jean-Christophe Averty que je l’envie d’avoir vu (que fait l’INA ?). Ensuite, il parle de Tolkien, évidemment, mais aussi du avant et du après Tolkien.

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Nous avons une vision totalement différente : pour moi la seule Fantasy qui importe est essentiellement héroïque mais il a raison de dire que la Fantasy en général c’est autour du phénoménal succès « Le Seigneur des Anneaux », qu’elle est devenue art mais aussi commerce lucratif.

Il en parle bien depuis les pères fondateurs même si apparemment il ne sait pas que le créateur du Préraphaélisme, William Morris et son « The Well at the World’s End » est paru en France (ceci dit il y a un moment et c’était chez un éditeur plutôt scolaire). Mais il m’épate aussi car j’avoue ne rien savoir par exemple de George MacDonald : je vais m’y mettre. Et j’avais bien oublié l’importance de James Branch Cabell, et je ne connaissais pas Fletcher Pratt : enfin quelqu’un qui m’apprend quelque chose.

On se rencontre aussi autour de l’imagerie qu’il a choisie : un de mes illustrateurs préférés de « Alice », totalement oublié même en France, est André Joucin, pour la Bibliothèque rouge et or.

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Et il est là, avec la couverture qui dans mon édition, manque. Et il a raison de revenir à « Alice » car c’est bien de Fantasy, là, qu’il s’agit, comme quand il parle de « Peter Pan » ou du « Magicien d’Oz ».

Epatant le chapitre sur Mervyn Peake qui a été édité en France mais de manière un peu snob, l’idéal serait sans doute qu’on fasse des livres qui donnent aussi envie aux enfants car comment les inciter à mettre le nez dans des ouvrages parus dans le très sérieux « Cabinet Cosmopolite ». Et puis, pour certains de ces livres en France où on a oublié des illustrations, ce qui est très grave car dans son œuvre dessins et textes se complètent totalement.

Ensuite, il parle de « Conan » et de « Howard » et je suis assez d’accord même si je mets Howard plus haut que tout, aussi haut que Lovecraft, aussi haut que Clark Ashton Smith, mais il fait bien le tour de « Conan », de ses déclinaisons et de ses descendants pour l’essentiel pas bien passionnants, même s’il n’oublie pas les bons comme Charles Saunders dont j’ai un excellent souvenir avec sa mythologie africaine et son guerrier noir venu du royaume d’Imaro. Et il parle bien des deux autres géants de l’Héroïc Fantasy, Fritz Leiber et surtout Michael Moorcock.

Côté descendants de Tolkien, à partir du moment où ils descendent de Tolkien, j’avoue que dans l’ensemble je les ai ignorés, mais sur les meilleurs comme Raymond Feist, je suis d’accord. De mauvaise foi, je dirais que je trouve ça mieux que Tolkien. Et oui il a raison, « Ladyhawke » est un très joli film méconnu.

Il parle bien ensuite de la Fantasy urbaine, n’oubliant pas le livre formidable « Le Monde d’en Haut » de Christopher Fowler (évidemment je ne parle pas de tout ce dont il parle car sur ce sujet, je suis beaucoup moins fort que lui, j’ai des tas de découvertes à faire).

Idem sur la Fantasy humoristique où, je l’avoue, l’exemple de Terry Pratchett est pour moi rédhibitoire. J’ai donc dû manquer certains qui peut-être eux m’auraient fait rire, pas sûr.

Il y a un grand chapitre sur la Fantasy arthurienne où il nous rappelle que le « Merlin L’Enchanteur » de Walt Disney était tiré d’un beau livre que trop peu de gens ont lu et il fait bien le tour du genre y compris le formidable téléfilm de Steve Barron en deux parties que j’ai vu aux sports d’hiver (je ne fais plus de ski donc je restais enfermé dans mon chalet), c’était à la télé, en 1998 sur TF1 et je fus enchanté, deux soirs de suite.

L’année suivante à un festival, j’ai croisé Steve Barron qui avait commencé par de superbes vidéo pour Bowie ou Z.Z. Top, puis deux bons films, « Electric Dreams » et
« Conheads ». Je lui ai demandé pourquoi il avait fait ce Merlin, pourquoi l’année précédente ou l’année suivante il avait fait les 1001 nuits.

Il m’a répondu qu’au cinéma il n’arrivait pas à monter ses projets et que pour ces téléfilms de prestige, il a un budget important d’une part et la durée nécessaire de développer l’histoire d’autre part.
(Je vous parle toujours des séries télé mais il y a aussi ces mini séries en deux parties ou trois qui sont pour certains metteur en scène, l’occasion de prendre leur temps maintenant qu’on a peur, sauf exception, en salles, des films en deux parties qui pourtant, presque toujours, marchent. Allez comprendre).

A propos de la Fantasy animalière, mettre Roger Rabbit dedans me paraît gonflé mais exact et quant à la Fantasy exotique, il en fait assez joliment le tour même si, désolé, il y a trois « Ali Baba » dont le plus beau est définitivement « Les Aventures de Hadji Baba » de Don Weis avec la photo magnifique de Harold Lipstein.

Ensuite il fait un chapitre à part pour les gens à part, comme John Crowley, Robert Holdstock, Neil Gaiman, Jonathan Carroll, et il a raison. Itou avec Terry Gillian et Tim Burton.

Puis il parle sur la Fantasy française pour laquelle j’avoue avoir des réticences, sans doute injustes, mais en la faisant commencer par « Trilby » de Nodier et en soulignant le talent formidable de David Calvo (en cela nous sommes d’accord) et là-dessus il enchaîne sur le cinéma français merveilleux.

Ensuite, il donne sa place à Michael Ende et à son « Histoire sans fin » qui est un des plus beaux livres du monde.

Il parle ensuite de l’art de la Fantasy enfantine, très bien, et de la tradition britannique, nous rappelant que c’est de là que viennent tous les « Mary Poppins » du monde et pas seulement les « Narnia » et que « The Borrowers » sont avant tout des livres qui paraissent en France sous le nom de « Les Chapardeurs ».

Il fait ensuite bien le tour de la Fantasy jeunesse, aux Etats-Unis et finit par J.K. Rowling que j’exècre et par Philip Pullman que j’adore, tous les goûts sont dans la nature.

Et comme il ne peut pas avoir tous les talents et que je n’y connais rien non plus, je fais confiance à Stéphane Beauverger qui finit sur le « War Game », le jeu de rôle et les jeux vidéo.

Ce que je veux dire en vérité c’est que ce livre m’a ravi : parce que Jacques Baudou n’a pas la même vision des choses que moi, parce qu’il m’a fait découvrir plein de choses, parce qu’il n’y a aucune erreur, aucun oubli à ma connaissance même si j’aurais eu tendance à rajouter les poètes de la Fantasy, de bouts de « la légende des siècles » à Clark Ashton Smith.

Vous savez que quand je lis un livre de référence, je cherche la petite bête. Là, je ne l’ai pas trouvée, l’animal est grosse et belle et le livre absolument nécessaire.

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