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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Les nouveaux pauvres

lundi 18 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je serais assez pour qu’on ajoute au milieu de tous ces nouveaux mots qui ne servent à rien, un, utile, qui serait « Les nouveaux pauvres » qui viendrait succéder aux « nouveaux riches » et qui me fascinent et je peux passer une heure devant la vitrine de « Roméo », même si ceux-ci continuent d’apparaître en Russie ou en Chine, pour le plus grand bonheur de certains fabricants de meubles fous de la rue du Faubourg Saint-Honoré qui font des choses tout en or et en plexiglas dont je me demande parfois si elles sont les plus belles du monde ou les plus laides du monde mais elles me fascinent.

Car en effet, si la crise frappe moins qu’en Amérique pour l’instant mais nous avons l’habitude de nous plaindre davantage, le râleur absolu restant pour moi l’acteur Carette (un type qui jouait dans des films en noir et blanc français d’avant-guerre et d’après-guerre que vous n’avez peut-être pas vus), j’ai été surpris que les plaintes viennent aussi des milliardaires.
J’en connais, j’en connais même pas mal et je ne leur en veux pas :
tant mieux pour eux, il y a ceux qui ont hérité de l’argent et qui n’en font rien sinon bien vivre, pourquoi pas ? s’ils ne sont pas arrogants ou désagréables. Il y a ceux qui s’en servent pour travailler avec quelque chose qu’ils ont choisi, j’aime bien aussi,
il y a ceux qui se sont faits et qui ont gagné leur argent tout seul, ils sont de la première génération et peut-être que leurs enfants vont tout dilapider, c’est la vie.

Et je n’ai là-dessus de jalousie aucune car un viveur, s’il sait vivre et fait vivre les autres, me paraît tout aussi respectable qu’un travailleur, car un viveur, surtout quand il mène la grande vie, c’est un métier comme les autres, assez complexe et dur d’ailleurs car à organiser toutes ces fêtes, toutes ces party, tous ces déplacements et placer des gens à table, est parfois un casse-tête extraordinaire.

Mais il se passe quelque chose d’extraordinaire, c’est qu’à l’exception de la dernière catégorie, ceux qui se sont faits et qui savent que tout peut se défaire, les autres se plaignent en disant que c’est très dur donc et qu’ils doivent faire attention :
qu’ils gagnent moins d’argent qu’avant, qu’ils dépensent moins et que, au lieu de pouvoir claquer 100 000 euros en babeloteries diverses, ils sont passés à 50 000 euros voire à 30 000 euros par mois et que leurs femmes ne leur parlent plus. Je ne plaisante pas. Nous trouvons tous midi à notre porte tout autant que quelqu’un qui va à l’ANPE toutes les semaines pour tenter en vain de retrouver un emploi.

Car nous sommes dans une spirale psychologique négative sans fin, maintenant que le monde s’est ouvert à nous en grand :
Nous savons désormais qu’il y a des pays plus pauvres que nous, il y a des pays si pauvres que lesdits pays pauvres, souvent asiatiques, je parle ici de l’Afrique, leur semblent un paradis,
et il y a des enfers dont nous parlons tout le temps, et pour lesquels nous ne faisons rien, sinon suivre nos intérêts, nous y intéressant un moment, le temps d’un discours, et puis repartant sans jamais régler le problème, où le dénuement est absolu.

Je ne dis donc jamais à ces amis chers, dans tous les sens du mot, qu’ils pourraient penser qu’il y a beaucoup plus mal lotis qu’eux car j’ai de l’empathie pour tout le monde et je remarque par exemple que la dépression, qui est un luxe, n’exite pas dans les pays pauvres.

Quand on peut à peine survivre, on n’a pas d’états d’âme.

Si j’ai de l’empathie pour tout le monde, c’est que j’ai fait dans ma vie pas mal de sauts à l’élastique, passant de rentrées faramineuses à des non rentrées tout aussi faramineuses pendant quelques années, c’était mon choix : un métier artistique, et je n’ai absolument pas le droit de me plaindre des hauts et des bas car j’ai toujours fait ce qui me plaisait.

Donc, quand ils me racontent leurs malheurs, je surenchéris en leur disant que ça doit être épouvantable et je les amène parfois à des confessions étonnantes qui font mon ravissement : tout à coup, je deviens « nouveau pauvre » et donc riche par procuration.

Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

vendredi 15 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« La femme – Leçons de choses » de Stéphane Rosse, Sillantus et Gylling.

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Voilà un joli petit album carré absolument parfait, paru aux Vent des Savanes, dont je parle à tout le monde mais que personne n’a lu y compris les journalistes qui me disent qu’ils ne l’ont pas reçu.

L’éditeur ne devait pas trop y croire.

Il est dû à Stéphane Rosse, admirable dessinateur dont, paru entre autres un portfolio chez Aedena, « L’Epatant Picasso », qui racontait de manière rigolote la vie d’un Picasso qui aurait eu autant d’humour que ses dessins, en se payant le luxe d’un traité proche de celui du maître. Il y eut ensuite celui où il collabora avec Charlie Schlingo sur « N comme cornichon », album trop court pour lequel il aurait fallu attendre quelques planches supplémentaires pour en faire un vrai livre mais n’empêche que les 20 ou 25 planches qu’il y a dedans sont extraordinaires.
Et un jour, comme disait Charlie Schlingo, il l’a trahi, il est parti au Pole Nord épouser une lapone et vivre dans un igloo.

Traduisez du Schlingo en langage courant : il est parti en Finlande, a épousé une finlandaise et est devenu le roi de ce pays pas si grand où ses succès sont des best-sellers considérables qui ressembleraient chez nous à des tirages moyens. Mais il est roi en son pays nouveau.

« La Femme – Leçons de choses » fait partie de ces livres là, c’est d’ailleurs toute une série et je vous parlerais des suivants si aucun éditeur français intelligent ne se décide à les publier.

D’autant que ça pourrait marcher très bien, j’ai essayé surtout avec des gens qui n’aiment pas la bande dessinée : ils adorent.

Dans un traité qui fait penser à Lichtenstein quand il copiait en les simplifiant à peine des bandes dessinées généralement dûes à Russ Heath mais avec aussi un côté traité ligne claire, pas franco belge mais proche de certaines expériences espagnoles de la période « El Vibora », le livre est une merveille grotesque.

La suite de la série d’ailleurs dont je vous parlerai un jour n’a cessé d’évoluer.

C’est un livre à la manière des cours d’éducation sexuelle des années 60 où l’on parlait très sérieusement des relations de couples d’une manière didactique, extrêmement rigolo, et si les dessins sont beaux, les textes sont encore mieux.

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Je vous citerai par exemple, en page 8, la phrase dite par le spécialiste - qu’ils ont inventé - du couple, qui est vieux et peut-être célibataire :
« Nous avons ainsi accompagné gentiment nos protagonistes dans l’intimité du foyer. Pourtant, pour que la vie de couple puisse progresser dans une ambiance positive, il faudra que l’homme et la femme arrivent à s’entendre. C’est pour cela que nous devons nous concentrer sur leurs mondes intérieurs respectifs, et nous demander si l’homme en a un. La réponse est : non, il n’en a pas ».

Et la page 9 m’a donné envie de revoir ces deux films qui s’appelaient « Françoise ou la vie conjuguale » et « Jean-Marc ou la vie conjuguale » de André Cayatte.

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Il y avait donc le point de vue du mari et le point de vue de la femme, qui décidément n’avaient pas vu la même chose.

C’est une curiosité dont j’ai gardé un bon souvenir car on y parle de l’impossibilité de communication, problème éternel entre l’homme et la femme.

Ici c’est le point de vue de la femme qui, maintenant qu’elle est mariée, ne comprend pas pourquoi son mari continue à construire un chemin de fer miniature dans la cave, d’où sa jalousie bien légitime : elle trouvera une solution extrême pour faire remonter son mari dans le foyer.

Dans ce livre, il y a un regard neuf et presque martien sur les humains, un côté Gary Larson (« The Far Side »), et dans la manière de regarder un millimètre à côté de ce que l’on regarde habituellement, très légèrement décalé, un côté Glen Baxter et une férocité qui réjouirait sans doute le Matt Groening des « Simpsons ».

C’est une lecture indispensable et sans doute le meilleur livre de bandes dessinées d’humour, le meilleur livre tout court de bandes dessinées de l’an dernier.

 

 

Les bottins de téléphone, une lecture indispensable (3è partie)

jeudi 14 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La lecture du bottin qui n’est donc pas le bottin mondain mais au contraire le bottin le plus démocratique possible, je l’ai essayé dans d’autres villes que cela soit Trieste, Naples ou Amadora, dans la banlieue de Lisbonne, et j’en ai appris beaucoup.

Par exemple, en Bretagne, vous vous apercevrez qu’il y a énormément d’endroits où on vend des cuisines équipées qui valent la peau des fesses. La légende locale, qui vaut ce qu’elle vaut et qui m’a été rapportée par un cafetier, serait que quand un marin est trop âgé et n’a pas d’héritier, il vend son bâteau et achète à sa femme avec l’argent dudit navire une cuisine formidable, histoire de saluer sa retraite et d’avoir désormais un pilote dans la maison mais ce n’est plus lui.

Dans chaque pays on peut vérifier ainsi l’état de la culture, s’il y a des libraires, des disquaires, des antiquaires.

On peut aussi vérifier si un pays est hypocrite ou s’il ne l’est pas, en allant voir si on y parle des hôtesses d’accueil, des stripteaseuses pour anniversaires et, mot banni dans certains pays, des escort girls.
Par exemple dans les pays catholiques où cela existe bien sûr, il n’en ai pas fait mention dans les bottins, alors qu’en Amérique, pays protestant, cela occupe des pages entières.
Oui décidément, n’allez pas chercher les renseignements que vous désirez dans les bottins de téléphone mais lisez le du début, de AA comme Alcooliques Anonymes que je soupçonne d’avoir été choisi pour être le premier mot du bottin à Z comme Zorro, s’il y a un Monsieur Zorro en ville.

Evitez la lecture indigeste des Pages Blanches car l’ordre alphabétique est un peu rébarbatif et il peut y avoir quatre pages de « Moreau » à la suite, comme dans le film avec Fernandel dont j’oublie le titre et où il cherchait un Moreau en particulier, récitant « Moreau, Moreau, Moreau, Moreau ».

Il vaut mieux donc lire les Pages Jaunes et en plus il y a des encarts illustrés qui rendent la lecture plus ludique.

Les bottins de téléphone, une lecture indispensable (2è partie)

mercredi 13 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

A Pusan, en Corée, par exemple, cherchant une boutique de DVD ou de vidéo j’ai vu qu’il n’y en avait pas. Cherchant un libraire j’ai vu qu’il n’y en avait pas et quand j’ai demandé des explications à un local, fort aimable d’ailleurs, mais ils le sont souvent là-bas, on m’a expliqué que tout se vendait sur les marchés.
Là, j’ai tout trouvé. Ce fut donc une découverte culturelle considérable d’autant que je pensais que Pusan, ne connaissant pas encore la Corée, était une ville très importante :
en fait c’était un peu Bourges ou Montluçon, et quand je suis arrivé à Séoul, tout était à nouveau comme partout ailleurs.

Si vous prenez le bottin de téléphone de Los Angeles, vous découvrirez qu’il y a à East LA, dans un quartier totalement pourri, un endroit qui s’appelle « Stove Heaven » et où les policiers vous recommandent, vous arrêtant tout au long du chemin, de ne pas aller, ajoutant même que si quelqu’un se jette sous les roues de votre voiture, il faut l’écraser, car il fait seulement semblant de se jeter sous la voiture pour que vous vous arrêtiez et pour qu’on vous braque. J’avais reçu à l’hôtel un petit biper qui fit s’ouvrir devant moi la porte blindée du « Stove Heaven », juste après que je sois passé à toute vitesse devant un junkie, la seringue dans le bras, qui dormait à moitié à l’arrêt du bus, le sang coulant de la veine jusqu’au bout de la main et je suis rentré dans un paradis technique à la manière de Caro, où un énorme black qui avait sa photo avec Schwarzenegger, sa photo avec Stalone, sa photo avec en gros toutes les stars d’Hollywood, posait fièrement.
Il avait eu l’idée géniale de refaire complètement les anciennes cuisinières « O’ Keef Merritt » qui restent presque insurpassées sur le territoire américain et qui valent largement les cuisinières françaises les plus sophistiquées et les plus chères, sauf que le prix est divisé par trois.
C’est ainsi que j’ai toujours eu une « O’ Keef Merritt », celle qu’on voit dans les films de Douglas Sirk, avec la petite lumière au-dessus qui éclaire les six feux à gaz, et le poivre et le sel en porcelaine qui encadrent ladite lumière et la plaque à pancakes qu’on peut mettre sur les deux feux du bout et trois fours dont un spécialisé dans les pâtisseries, plus un emplacement destiné à mettre les poêles diverses.

La suite demain.

Les bottins de téléphone, une lecture indispensable (1ère partie)

mardi 12 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je suis un lecteur pathologique c’est-à-dire que si je n’ai pas de livres, je panique.
Il m’est arrivé ainsi, la première fois c’était en Grèce, à Corfou, il y a 25 ans, n’ayant plus rien à lire et ne trouvant ni de livres anglais, je les avais tous lus, ni de livres espagnols et aucun livre français, que je commence à lire les pages jaunes du bottin de téléphone local.
Ce fut fort édifiant :
c’est ainsi que je découvris qu’il y avait une majorité absolue de magasins de lustrerie et que, apparemment, dès qu’ils avaient un peu d’argent, les locaux s’achetaient des lustres.

Depuis j’ai continué avec tous les bottins du monde, apprenant des milliers de choses.

Demain, je vous en dirais davantage de ma passion des bottins.

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Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

jeudi 7 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« L’Association des Cas Particuliers » Tome 1 : « Sapiens » et Tome 2 : « Néandertalensis » de Philippe Riche.

Ces deux livres, il n’y aura apparemment pas de suite, ont un défaut considérable, si vous les ouvrez par hasard, vous risquez de les reposer aussi sec, les couleurs sont quasi monochromes,
avec quelques jolis bleus parfois, mais la plupart du temps un traité maronnasse lourd qui donne la même valeur à presque tout, qui étouffe le dessin et qui rappelle trop ce maronnasse qu’obtiennent tous ces coloristes sur ordinateur américains qui ont décidé que tous les comic books désormais devaient se ressembler.

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Dommage car les couleurs ici sont sans doute dues à l’auteur, il y a de jolis effets de lumières et les pommettes sont à leur place quand il les éclaire. Il faudrait qu’on trouve une autre couleur, tout comme à la télévision avant, pour la météo et d’autres usages, on utilisait un fond bleu qui devenait transparent et si vous portiez du bleu sur vous, celui-ci devenait invisible, on vous prévenait donc bien. Maintenant, on utilise généralement le vert. Cela ne change pas grand-chose mais c’est rafraîchissant sauf évidemment si on a mis une cravate ou une pochette verte, qui deviendra invisible.

Le trait est habile aux limites du réalisme et de l’humour, un peu comme un Baru, ce géant qui ne publie pas assez, mais malgré quelques jolis effets de lumière dont je parlais plus haut, qui prouvent que le dessinateur a le sens de l’anatomie, du dessin et de la lumière.

Mais quand on est dans un quartier populaire, comme au début de l’histoire, on aurait envie de quelques couleurs supplémentaires montrant la beauté ou la laideur des enseignes, de quelques détails qui nous suggèrent plus qu’une ambiance générale, puisque l’histoire se passe à Paris pendant la canicule, un Paris parfaitement décrit, avec ses quartiers excentrés, comme la Nation où il y a les Humanos, ou au fond de Belleville ou dans un recoin du XVème, bref, dans ce Paris fait de couches où il y a du très ancien, de l’ancien, de vieux immeubles et de nouveaux généralement laids, des commerces de proximité pas encore morts et des maisons plus ou moins rafistolées où on se demande, comme à Naples, si ce sont des appartements transformés en hangars ou des hangars transformés en appartements. Et évidemment, il y a aussi ces endroits secrets où entre grands et petits trafics, les riches viennent s’amuser loin de chez eux. C’est toujours moins cher et cela leur fait quelque chose à raconter le lendemain à leurs copains branchés dans un « Coste » quelconque.

Dans le débarras d’un vieux soulard embarqué en prison pour grivèlerie, on découvrira un reliquaire mérovingien peut-être, mais sans doute plus ancien, grâce à un spécialiste du Marché Biron, aux Puces, dans un de ces coins préservés qui n’a pas été encore remplacé par les faux vieux Blue-jeans, cet endroit anciennement merveilleux qu’était le Marché aux Puces et qu’on est en train de saccager sans que personne ne fasse rien.

Et dans le reliquaire il y a un drôle de crâne et au-delà une histoire qui traverse le temps, une fable à la Umberto Eco, extraordinaire, dont je ne vous raconterais évidemment pas la fin. Ca ferait un film formidable mais vous pouvez toujours commencer par lire le livre qui est paru il y a trois ans pour la première partie et l’année dernière pour la deuxième partie, aux Humanoïdes Associés.

PS : Je vous mets la couverture des deux tomes. Avouez que sur la couverture du 2, si on est myope comme moi, on ne voit qu’un grand empilement maronnasse et qu’il faut vraiment s’approcher à dix centimètres pour voir de quoi il s’agit.

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Pourquoi refuse-t-on l’accès aux livres aux myopes qui refusent de porter des lunettes tout le temps par coquetterie ?
Et je reviendrais sûrement sur Riche puisque j’ai le premier tome de sa première série parue en tohu-bohu mais pas le second pour l’instant et il paraît qu’il a trouvé un autre éditeur, tant mieux pour lui.
Continuez Monsieur Riche : vous êtes riche de possibilités.

 

 

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Tous les libraires du monde

mercredi 6 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Contrairement à ce que l’on croit, il reste des tonnes de librairies géniales partout dans le monde et qui résistent.

Les plus impressionnantes : au Japon, « Mandarake » à Tokyo, pas celui de Shibuya mais celui de Nakano à quelques stations de métro du centre.

En Amérique, l’incroyable « Strand » sur Broadway, avec ses sacs publicitaires qui portent la mention « 8 miles of books» : 13 kilomètres, et qui vient maintenant de rajouter deux étages supplémentaires de livres précieux où l’on pourrait passer des années, que dis-je, une vie. Selon un principe simple qui leur permet de vendre et de débiter beaucoup, certains libraires comme eux appliquent, se créant des fidèles réguliers, un prix qui varie suivant le prix d’acquisition qu’il multiplie par deux. Ce qui fait que suivant les cas, vous pouvez payer le même livre 40$ ou 100$, suivant votre pot.

Je vais vous parler maintenant des librairies françaises car il faut les défendre.

Les vraies librairies, celles où il y a un regard cohérent, un choix qui tient la route, quel que soit la taille dudit lieu, car le libraire est aussi à sa manière un éditeur. Par exemple, à Belle-Ile ou à Biarritz, il y a deux librairies pas très grandes mais où l’on comprend parfaitement la cohérence des choix. Et puis il faut voir si le vendeur ou les vendeurs, car parfois ça change suivant l’un ou l’autre, sont compétents, s’ils savent trouver ce que vous cherchez et si en conséquence ils peuvent vous indiquer autre chose, que vous auriez ignorée.

Je dois dire que côté espace culturel, je suis un peu lassé par le regard zombifié de certains vendeurs, alors qu’il y en a d’autres qui sont épatants. Il y a des fous furieux qui vous branchent tout de suite sur ce qui leur semble vital et aussi quelques morts vivants qui, même en allant sur l’informatique, ne semblent pas trouver ce que vous cherchez et n’ont pas l’air d’avoir envie de trop se fouler.
Il y aussi, dans lesdits espaces culturels, des gens admirables, et je me souviens en musique d’un vendeur de la Fnac Opéra qui était un diable et qui m’a fait acheter à propos de musiques de films, certains CD des classiques de leurs inspirateurs me faisant faire des découvertes considérables.

Evidemment, vous devez toujours préférer toujours les libraires de proximité, c’est comme les boulangers, quand plus tard il faut faire deux kilomètres pour acheter de la baguette qui rassis tout de suite, on se dit qu’il aurait fallu les aider.

Ceci dit, je suis un peu pessimiste pour les grandes surfaces car il ne faudrait pas que ça finisse comme à Los Angeles où le grand et superbe Virgin a fermé, le loyer ayant doublé. Résultat, il a été remplacé par quatre boutiques destinées à des commerces divers qui n’ont pas trouvé preneur et l’on murmure des choses terribles sur la montée des prix de certaines grandes enseignes qui ne font ni fringues, ni présentations de voitures laides sur les Champs-Elysées.

Cela fait longtemps que je ne suis pas retourné au « Furet de Nord » (la plus grande librairie d’Europe), mais je vous dirais que par exemple un des endroits culturellement le plus extraordinaire du monde, c’est la rue Dante, à Paris, France. Ce ne sont pas les cercles de l’Enfer mais ceux du Paradis car il y a d’innombrables boutiques et si l’on fait le tour de la rue Dante, de sa proximité rue Cochin ou Boulevard Saint Germain, on trouve tout, du DVD à la BD ou au manga, des originaux de bandes dessinées à des Jules Verne tout neufs et on peut dépenser tous ses avoirs (on dépense beaucoup plus qu’on avait prévu), mais au moins on ne perd pas de temps et on trouve presque toujours ce que l’on cherche.

Pour moi les deux endroits les plus merveilleux du monde en ce moment sont : A Santa Monica, pas loin de Los Angeles où il n’y a plus grand-chose. Quand vous êtes sur Broadway (attention, Broadway à Santa Monica, pas Broadway à Los Angeles, pas Broadway à New York), à hauteur de la promenade de la troisième avenue, il y a là, dans cent mètres carrés : une des meilleures librairies d’art du monde, juste en face de l’autre côté de la rue une autre librairie d’art avec plus d’occasion, plus pointue, juste à côté un « Barnes & Noble » tout à fait correct avec les nouveautés et de belles soldes, et plus loin encore, à cent vingt mètres au moins, une merveilleuse boutique dont je rêve de voir un jour l’équivalent en France et qui serait un mélange de boutiques de livres d’art, de boutiques de bandes dessinées et en gros le choix d’un regard moderne avec une surface dix fois plus grande : ça s’appelle « Hi De Ho Comics », il n’y a pas là le racisme ordinaire des boutiques de BD françaises puisqu’il y a l’underground, les comic books, des bizarreries, les mangas, des livres sur les grands illustrateurs et des revues totalement jetées.

A Turin, il y a la boutique de « Little Nemo », et je vous parlerais bientôt de leur nouvelle boutique, quand j’y vais, je suis émerveillé par les livres qu’ils vendent, il y en a peu mais c’est le meilleur choix possible, pour l’Italie.

D’une part, il y a ceux édités par « Little Nemo » qui sont des merveilles, j’y reviendrais, et d’autre part parmi des dessins originaux qui sont aux murs, il n’y a pas non plus de racisme culturel :
vous pouvez croiser Rackham ou Barbier, Jacovetti ou Pratt, Moebius ou Druillet, mais aussi Eddy Legrand et Magnus, et surtout y découvrir tous ces admirables illustrateurs italiens pour la grande presse d’avant-guerre comme Boccasile, Achille Luciano Mauzan (il fit une partie de sa carrière en France mais il est bien italien), et on peut tomber sur l’original d’une affiche d’opéra avec La Callas, dûe à un des maîtres précités, ou à une couverture pour une bande dessinée pour adulte genre « Jungla » très sexy ou, ça a été mon cas récemment, sur une planche de « Genius » dûe à Manara première période, qui compte parmi les plus intéressantes de son œuvre.

Je rêve de trouver la même chose en France avec ce que tout le monde attend mais aussi des choses qu’on n’attend pas. D’un autre côté, en France nous avons un avantage, il y a des dizaines de boutiques un peu partout et parfois il suffit de ne pas être paresseux et de marcher, et aller à une seule boutique à la fois est souvent largement suffisant car c’est comme les musées, si on en voit trop, on ne voit plus rien.

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Scott Westerfeld : la tétralogie SF junior.

mardi 5 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous rebats sans cesse les oreilles de mon obsession sur la laideur des couvertures des livres de science fiction et de fantasy, n’ayant d’ailleurs à ce jour pas trouvé de solution définitive car en Amérique ces temps-ci, c’est pareil. Or l’Amérique au niveau des pockets a toujours eu dix temps d’avance depuis l’époque bénie où nous étions les meilleurs, nous les franco-belges, avec Dities puis J’ai Lu, Le livre de Poche et Marabout dans les années 60/70.

Mais des couvertures plus « mainstream » risqueraient d’être rejetées par les fans de base qui se sont habitués aux horribles couvertures habituelles plus ou moins directement héritées de l’iconographie des années 70 mais il n’est pas dit que les couvertures plus littéraires feraient lire par exemple le formidable Lucius Shepard par « les vrais gens » ni par « les vraies critiques ».

J’ai un bout de solution, en dehors de Beb Deum dont je vous parle ailleurs, il y a aussi quelques exemples d’illustrateurs dont un qui connaît ses classiques puisqu’il signe Howard Pyle, comme le plus grand illustrateur à l’origine de l’illustration américaine et dont les héritiers divers furent la belle dynastie des Wyeth, grand-père, père et petit-fils, tous formidables, commençant à la fin du XIXème siècle avec le grand-père et finissant avec des portraits posés de copains de Warhol à la Factory dûs au petit-fils, ils étaient eux-mêmes des élèves de Howard Pyle et de l’école de Brangwyn.

Le dénommé Howard Pyle que j’appelerais Howard Pyle 2, vient de nous donner quatre couvertures admirables pour une série de Scott Westerfeld, un auteur de science fiction pour adultes jusqu’à présent, qui se révèle tout à coup comme un génie de la série de science fiction adolescente avec une trilogie vitale :
« Uglies », des gens sales qui vivent dans des banlieues du tiers monde,
« Pretties » où ils se trouvent projetés dans une ville qui n’est peuplée que de fashion victimes conditionnées pour devenir des consommateurs parfaits,
« Specials » où l’on retrouve des espèces d’humains matinés de fauve qui font la police entre les deux et qu’il ne faut pas prendre avec des pincettes.

Evidemment, il y a un héros ou plutôt une héroine, une ancienne Ugly qui deviendra une Pretty puis une Special. On surfe dans l’espace, on y fréquente des adolescents rigolos et moins rigolos qui ne pensent plus que fêtes et dernier sac à mains à la mode,
au moment où les Specials arrivent, tout ce joli monde éclate.
C’est une merveille pour les adolescents puisque cela parle de choses qui les concernent.

Je suis moins convaincu par le quatrième volume « Extras » qui me donne un peu l’impression que la série continue malgré elle.
Ce n’est pas l’opinion de l’auteur qui dit ne pas avoir voulu se détacher de sa création, attendons les volumes suivants pour savoir si ça tient la route.

En tout cas, j’insiste pour que vous vous jetiez dessus :
c’est une excellente surprise, une série de science fiction pour ados, meilleure que la majorité des séries pour adultes, et puis il y a les fameuses couvertures que je ne peux m’empêcher de reproduire.

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