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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Un Vampire ordinaire

mardi 21 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Un Vampire ordinaire » de Suzy McKee Charnas est un de ces livres comme on en lit tous les dix ou quinze ans.

Il est paru chez Robert Laffont et pour ne pas faire peur, il n’est pas écrit en couverture que c’est dans la collection « Ailleurs et Demain » de Gérard Klein. C’est décidément la meilleure collection de science-fiction et maintenant d’horreur tous éditeurs confondus, puisqu’elle pratique l’impureté comme un art.

Ici il s’agit d’une histoire de vampire mais d’un vampire comme vous n’en avez jamais vu ou jamais imaginé. Je ne vous raconterai pas l’histoire mais je citerai en revanche le texte de Stephen King qui, pour une fois en couverture, dit exactement ce qu’il faut en penser : « Terrifiant, drôle, plein de suspense…impossible à lâcher ».

C’est l’approche la plus neuve du mythe vampirique que j’ai lue de ma vie pour la première fois depuis des siècles et depuis l’assez raté « Martin » de Romero au cinéma. Nous n’avons surtout pas à choisir puisque nous sommes alternativement du côté des vampires et des humains, avec bien sûr une préférence pour le vampire, grand prédateur magnifique.

Une lecture indispensable.

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Le grand concours

lundi 20 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Vous n’avez pas gagné votre poids en livres, vous n’avez même pas gagné un bras ou un doigt de pied avec le grand concours qui a inauguré ce blog, mais c’est ma faute. J’avais profité de la situation pour vous poser des questions auxquelles bien peu auraient pu avoir les réponses, mais il s’est avéré que personne n’a rien trouvé!

1°) Quel dessinateur étranger inspira Ozamu Tezuka ?
(La réponse n’est pas Walt Disney)

C’est Alain Saint-Ogan et surtout son formidable album de science fiction « Le Rayon Mystérieux » réédité par le Musée de la Bande Dessinée.

 


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C’était il y a longtemps, à Angoulême.
Nous étions deux à connaître Tezuka, entouré de sa cohorte, Moebius et moi, si bien que nous avons pu passer un temps infini avec lui et il m’a dit toute l’admiration qu’il avait eue pour Saint-Ogan.
Pour la petite histoire, sachez que l’homme qui inspira un autre grand créateur japonais, Miyazaki, était Saint-Exupery et son « Petit Prince », comme quoi…

2°) Dans quel album de la série « Blueberry », Jean Giraud en panne de scénario, Jean-Michel Charlier étant au bout du monde, improvisa quelques pages en attendant ?

Nous étions en vacances à l’Ile de Ré où nous nous rendions tous les ans, la bande, Got, Loro, Moebius, Druillet (Loro était un local si je me souviens bien) et quelques autres dans ce que Goscinny appelait joliment, quand il essayait de joindre un des auteurs précités au téléphone, « Le Stalag des petits cons ».
Et Jean Giraud a improvisé quelques pages de « Angel Face » où le tueur, en travelo, va s’exercer au tir dans le désert, ce qui fait que Charlier a pu reprendre sans encombre la suite.

3°) Quel dessinateur de bande dessinée était le parrain de Grace Kelly ?

C’est Milton Caniff, grand ami de son papa fabricant de tracteurs, qui appela un jour Moliterni qui crut d’abord à une blague, c’était vrai : le surlendemain, elle était là, au Musée des Arts Décoratifs, à sept heures du matin, pour voir les agrandissements de « Terry et les Pirates ».

4°) Dans quelle chanson Serge Gainsbourg s’inspira-t-il librement du poème de José Maria de Heredia « Les Conquérants » ?

« Cargo Culte » sur le disque « Melody Nelson », qui était aussi sa chanson préférée de toutes celles qu’il avait écrites, avec « Lola Rastaquouère ».

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LA COLLECTION POESIE DES EDITIONS LA DELIRANTE (2ème partie)

vendredi 17 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le dernier ouvrage que j’ai lu dans la collection de La Délirante est « La jouissance littéraire » de Jorge Luis Borges, avec quelques dessins rapides mais pas insignifiants de Fernando Botero. Suite à un de ces mystères dont il vaut mieux ne pas connaître les organisateurs, Borges, longtemps édité chez Gallimard, l'est maintenant à La Délirante. Nous ne verrons sans doute jamais le tome 3 de son œuvre complète à La Pléïade, tandis que les tomes 1 et 2 retirés de la vente, valent désormais une fortune.
Et puis, dans La Pléïade, j’ai toujours eu l’impression de peiner, avançant tout doucement et n’ayant pas de plaisir à tourner le papier bible, un reste d’anticléricalisme ou de souvenirs de pensionnat catholique où j’ai été élevé, sans doute.
Je préfère ces opuscules minces de grand format qu’on peut plier en rond dans la poche et emmener partout avec soi.

Dans l’ouvrage précité, Borges enfourne un de ses chevaux de bataille : le fait que les poèmes soient bons ou mauvais suivant le contexte et la manière dont ils sont cités les uns par rapport aux autres et par rapport au moment où on les lit. Pour lui, le même texte, selon qu’il est ancien ou nouveau, a une valeur différente, car dans les anciens des figures poétiques apparaissent, alors que dans les nouveaux, elles sont simplement ressassées.
Et puis aussi le moment où on lit a son importance : il ne dit là rien d’autre que les scientifiques qui ont appris désormais que l’observateur et les conditions d'observation étaient aussi importants que le sujet observé.

Devenu aveugle, il parle mieux, citant de mémoire approximativement parfois et inventant même quelquefois, arrondissant les angles et avec un humour que peu de gens ont remarqué. Il invente même des citations attribuées à d’autres, des gens plus connus dit-il, afin de leur donner du poids.
Et il donne envie de lire des poètes qu’on ne lit pas comme Quevedo. Et il n’aime pas Gongora que j’adore, tant pis.

Il dit qu’il est plus facile d’écrire sur le malheur que sur le bonheur, ce qui semble après coup une évidence.

Il y a d’ailleurs un autre Borges dans la collection, « Rythmes rouges », gentiment illustré par Antonio Segui chez le même éditeur mais hélas pas en bilingue.
Il y a aussi un recueil d’aphorismes d’Ernst Junger et des sonnets de Gongora justement, en bilingue heureusement car sa langue est incroyable et je vous citerais, chez Gongora, un aphorisme qui vous donnera peut-être envie :

« Les lampes merveilleuses et les anneaux magiques.
Des contes orientaux sont les symboles
Du despotisme parfait »

Si vous voulez vous mettre à Yeats, ce qui est vital (il a changé plus d’une vie dont la mienne), vous pouvez commencer dans cette collection par « Dix-sept poèmes » en édition bilingue. C’est quand même mieux en anglais même si le traducteur Fouad El-Etr a pour une fois magnifiquement fait son travail, mais traduire la poésie est si dur…

Toute la collection est magique. Ce sont de jolis objets, un tout petit peu trop grands pour mettre dans la poche, mais minces, et qu’on peut toujours avoir avec soi pour butiner chaque fois qu’on en a l’occasion.

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LA COLLECTION POESIE DES EDITIONS LA DELIRANTE (1ère partie)

mercredi 15 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Vous croyez ne pas lire de poésie, vous êtes si peu nombreux à en acheter désormais.


Pourtant, vous en écoutez tout le temps, quand ce sont de grands chanteurs qui s’y collent, que ce soit Charles Trenet, Serge Gainsbourg, les Sparks ou Ray Davis, et je trouve que « Les sanglots longs des violons de l’automne » de Verlaine sont mieux chantonnés par Trenet qu’à lire.
Vous êtes donc des fans de poésie sans le savoir.

Et c’est vrai que l’école n’a pas aidé à aimer le genre car trop de professeurs, encore aujourd’hui, nous font apprendre par cœur des poèmes parfois sans intérêt.

Et surtout il y a un consensus un peu éprouvant : on peut toujours défendre Prévert mais plus difficile avec Aragon où il y a de superbes âneries dans la seconde partie de sa vie. Elles atteignent des sommets quand il collabora avec Jean Ferrat, pour une chanson justement, « La femme est l’avenir de l’homme ».

Et puis aussi la poésie est multiple car la poésie française est impressionniste et nous évoque des images et des sentiments. Et l’on en revient toujours à Rimbaud et à Verlaine, et pas loin derrière à Apollinaire, en ignorant des auteurs aussi importants - et parfois aussi considérables - que Corbières, Hugo bien sûr, Nerval le magnifique ou José Maria de Heredia, parnassien, à qui on le reprocha car il fut l’un des premiers à penser que la poésie devait s’éloigner du quotidien pour s’épanouir.

Il y a aussi les poètes anglais qui sont souvent philosophes à leur manière, les poètes allemands, mais là comme je ne parle pas la langue je suis un peu embêté, et les italiens et les espagnols de la grande Espagne qui va au-delà des mers et dont j’aime les sons magnifiques.

Il ne me viendrait jamais à l’idée de demander à un poète français de me donner des directions de vie, de m’expliquer ce que je ressens, et de répondre à mes questions. En revanche, Yeats, Eliot ou Whitman, m’apportent à la fois questions et réponses.

En librairie, les livres de poésie sont de moins en moins nombreux et souvent, s’il y a un petit rayon, ce sont les choses obligatoires pour l’école.

C’est pour cela qu’il faut saluer la superbe collection éditée par « La Délirante » de petites plaquettes magnifiques, recueils de poèmes ou d’essais où il n’y a pratiquement rien à jeter. On en parle demain.

Lapin 2

lundi 13 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Le « Lapin » nouveau est sorti, celui de mai 2009, le numéro 38.

Pour l’instant je ne l’ai que survolé mais j’ai beaucoup aimé la petite bande dessinée « Vanités », malgré ou à cause du gag un peu bête et d’une ambiance néo-futuriste mêlée à un traité proche de la gravure.

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Bravo Ruppert pour le scénario gentiment idiot, et bravo Mulot pour le dessin ténu mais infiniment riche.

Evidemment, comme dans tous les « Lapin », il y a plein d’autres choses.

Au nord nord ouest d'Eden de gabriel Kopp

vendredi 10 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne pense pas que l’auteur ait lu les grands maîtres de la science fiction théologique de l’Age d’Or. Il ne connaît certainement pas l’incroyable nouvelle de Lester del Rey, « Car je suis un dieu jaloux », ni « Les neuf milliards de noms de
dieu » de Arthur C. Clarke, ni même peut-être « Un cantique pour Leibowitz » de Walter Miller, mais n’empêche qu’il les rejoint et est à leur niveau.

D’abord, c’est une histoire de fin du monde, de la fin du monde telle que nous le connaissons. On va retrouver un corps quasi humain miraculeusement préservé, datant d’une période extraordinairement lointaine et inconcevable par rapport à nos connaissances actuelles. On va arriver à le faire parler, ou plutôt à le traduire, ce qui provoquera une mise en abîme théologique.
Il y a du Chesterton chez Gabriel Eugène Kopp qui connaît bien la religion et la renverse cul par-dessus tête.

Cette novella * est admirable et terrifiante. J’espère qu’elle sera traduite un jour pour nos amis américains. Je dis cela au cas où un éditeur américain me lirait, car elle est vraiment du niveau des grandes nouvelles américaines des années 60 : de l’Age d’Or, donc.

Ma seule réticence, je le dis à l’éditeur plus qu’à l’auteur, est que les deux annexes sont intéressantes mais je les aurais, quant à moi, supprimées. Elles explicitent ce qui s’est dit avant mais viennent un peu déliter le coup de foudre qu’est le texte lui-même.

En tout cas, voici un livre indispensable sous une couverture qui fait ce qu’elle peut mais qui ne donne pas vraiment envie, c’est dommage.

 

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* Une novella est un court roman, trop long pour être une nouvelle, trop court pour être qualifié de roman et, curieusement, nous n’avons pas de mot français équivalent, ce qui veut forcément dire quelque chose.
Il y a, malgré plusieurs tentatives qui toutes échouèrent jusqu’à présent, assez peu de marchés en France pour la novella. Ainsi d’ailleurs, pour être franc, à part quelques maîtres pour les recueils de nouvelles et c’est bien dommage.

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HENRY FUSELI

jeudi 9 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’ai retrouvé un livre sur Henry Fuseli publié par la Tate Gallery en 1975 et qui anticipait sur les collages culturels qu’on fait maintenant sur internet.

En effet, voilà un livre sérieux qui parle du grand peintre Henry Fuseli, immense artiste suisse dont tout le monde connaît au moins une peinture, « Le Cauchemar », et qui fait le tour de son œuvre.

Mais l’auteur ne s’est pas contenté d’accumuler les peintures et les dessins de Fuseli, il fait des comparatifs avec d’autres artistes, du même temps bien sûr, comme William Blake, mais aussi des enfants de Fuseli.
Et là bing ! Extraordinaire surprise, et comparaisons graphiques à l’appui, il compare Fuseli et son descendant John Buscema à propos de « The Silver Surfer » et Fuseli encore avec son descendant Jack Kirby sur « Thor ».

Vous verrez que ces images sont plutôt convaincantes et que ce livre, rare, mais trouvable sur internet, est vital pour qui aime la grande tradition fantastique dans la manière dont elle a eu une descendance évidente et apparemment très directe et qui était conscient de ce qu’elle faisait.

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Bragelonne réédite tout Robert E. Howard !

mercredi 8 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je sais que je vais me faire plein d’amis en vous disant que pour moi l’héroic-fantasy, genre pourtant dominant aujourd’hui, n’existe pas ou à peine. Ou plutôt n’existe plus.
Elle naquit de la connaissance des grands récits légendaires, des religions qu’on peut aussi considérer comme des récits légendaires, du Beowulf, du cycle du graal, des Nibelungen, qui eux-mêmes, adaptés au cinéma avec plus ou moins de bonheur, devinrent référence pour l’héroic-fantasy.
Elle atteint son apogée avec Howard et Leigh Brackett.

Depuis il y a eu des variations extrêmement sympathiques comme « Fafhrd et le souricier gris » de Fritz Leiber ou l’ultime héros d’un genre : le Elric leucémique de Michael Moorcock.

Depuis et rétrospectivement au travers de leur célèbre ancêtre lointain avec qui j’ai toujours du mal : Tolkien (je sais qu’il ne faut pas dire ça car je l’ai fait une fois dans une Convention de science fiction, où avec Jacques Sadoul nous avons reconnu ne pas avoir une passion pour Tolkien : des hordes de haine télépathiques se déversèrent alors sur nous), tous ces elfes qui ressemblent à des lutins de jardin, tous ces petits univers médiocres et soi-disant merveilleux, savamment composés, tous ces dragons qui parlent et toutes ces fées aux brushings impeccables, juchées sur des licornes blanches dont elles ont oublié la valeur symbolique sinon elles rougiraient, tout ce petit monde m’ennuie et je dirais même m’horripile !

C’est pour ça qu’il était temps qu’un éditeur de fantasy triomphant financièrement justement en éditant ce genre de livres (mais qui se sert maintenant excellemment de son trésor de guerre pour éditer de plus en plus de bons livres en fantasy, en science fiction et en polar), Bragelonne, réédite enfin l’intégralité de la saga howardienne.

Robert E. Howard, pour vous la faire courte, était un compagnon de névrose de Lovecraft, avec qui il correspondait, partageant les mêmes tarifs misérables dans « Weird Tales ». C’était un gamin chétif qui ne quittait presque jamais sa ferme natale, et qui devint un costaud à force de volonté, mais physiquement seulement.
Après le suicide de sa mère, il mit fin à ses jours.

Conan, son alter ego, son Jean-Pierre Leaud, n’avait pas ses faiblesses : Il gagnait à chaque fois, barbare ne pouvant répondre que de manière barbare, ne craignant rien : sa souffrance ne regardait que lui, et il savait verser le sang vite, sans réfléchir surtout.

Il y a deux éditions, une brochée et l’autre cartonnée, mais cela vaut le coup de prendre la cartonnée si elle est disponible car l’œuvre a fait date et vous la relirez certainement tous les dix ans comme moi.

Le premier volume, « Conan le cimmérien », magnifique au niveau des textes, est illustré par Mark Schultz, dont je ne dirais pas de mal (mais pas de bien non plus !).

Le deuxième, « Conan, l’heure du dragon », est somptueusement imagé par Gary Gianni qui retrouve ici le talent des grands maîtres du début du siècle, de Joseph Clément Coll et, plus tard, du meilleur illustrateur de Conan à son tour, même si ce ne fut que le temps de quelques images, Roy Krenkel, qui vaut largement (même si on le connait moins, ce qui fut son choix) tous les Frazettas du monde.

Le troisième volume « Conan, Les clous rouges » que je me souviens avoir édité dans sa version grand format aux Humanoïdes Associés fit un bide. Ce n’était pas encore l’époque où l’on s’arrachait les Marvel et Barry Smith qui ne s’appelait pas encore Barry Windsor-Smith avait fait un travail remarquable mélangeant une influence dynamique de Kirby à d’autres influences, victoriennes et pré-raphaélites.
Le livre est illustré par Grégory Mancheff dans un traité néo-classique tout à fait épatant.

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L’intégrale de « Conan » est définitivement une lecture indispensable.


Site de Bragelonne sur Robert E. Howard :
http://www.bragelonne.fr/auteurs.php?id_auteur=94

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