×
L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

Tarzan Volume 1

lundi 7 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Edité par Dark Horse Archives

« Tarzan » a été un mythe, deux fois humilié.

La dernière humiliation en date (le titre vient bien sûr de Francis Lacassin) a été la grande exposition qui a lieu en ce moment à Paris.

Et il y a tout – tout ce qu’on attend – dont de magnifiques planches de Hogarth, très
« Folies Bergères ». Certains de mes amis d’ailleurs l’admirent, et je dirais que personnellement, pour moi le seul Hogarth qui importe est celui de « Drago » car son baroque, excessif et tapageur, et les fesses bombées de son Tarzan, me paraissent idéales pour les « Folies Bergères » et donc pour le tango amoureux et baroque de
« Drago », qui me fait penser à « Carioca », le premier film de Ginger Rogers et de Fred Astaire.

Pour le reste, Hogarth est bien loin d’avoir compris Tarzan, personnage admirable et créé par Edgar Rice Burroughs.

Bien sûr qu’au début, les premières planches du « Tarzan » de Foster sont superbes et donnent une idée très précise d’un Tarzan possible. Ensuite il s’est perdu, devenant Al Foster, aux dépens de Edgar Rice Burroughs justement.

Beaucoup plus tard, il y a eu Russ Manning qui a fait quelques très jolies choses dans l’univers de Burroughs. Mais on a beau y faire, son trait parfaitement maîtrisé fait que sa jungle ressemblera toujours à celle d’un fleuriste.

Et puis plus récemment, il y a eu Thomas Yeats qui, le temps de quatre comic books chez DC, a fait un très joli Tarzan, inférieur à son « Swamp Thing » (il lui manquait l’encrage maniaque de Steve Bissette), mais tout à fait recommandable.

Or, ce que disent quelque part, dans une vieille revue que j’ai retrouvée consacrée à Burroughs, Manning et Thomas Yeats, c’est qu’il n’y a eu qu’un seul dessinateur fidèle à l’esprit de « Tarzan », c’était indubitablement celui qui abattait 20 pages par mois pour Dell Comics des années durant : Jesse Marsh.

J’en ai parlé quelquefois également avec Alex Toth, avec qui un jour je me suis brouillé épistolairement (mais tout le monde se brouillait avec Alex Toth), et lui, dessinateur presque parfait, avait une immense admiration pour Jesse Marsh qui, disait-il, pouvait faire 20 pages avec son dessin bizarre, trop rapide peut-être, mais où la jungle était présente et le « Tarzan » possible et où on était chez Burroughs.

Plus récemment en Amérique, d’autres se sont fait les apologues de Jess Marsh, par exemple les frères Hernandez. L’un d’entre eux d’ailleurs, Mario, vient de préfacer la réédition du premier tome de « Tarzan » de Jess Marsh chez Dark Horse.

Jetez-vous dessus car ça ne sortira pas en France et vous verrez le meilleur
« Tarzan » jamais dessiné.

PS : J’oublie le « Tarzan » de mon ami Joe Kubert que j’ai bien aimé d’ailleurs, car il respectait les histoires de Burroughs avec scrupule, un peu comme le Foster du début. Mais on peut dire que là aussi Kubert prenait le pas sur « Tarzan », ce qui est dommage, avec Jess Marsh qui est fait pour être lu et regardé comme un monde crédible. On est chez « Tarzan », et aucune planche de Jess Marsh n’est exposée dans « Tarzan, mythe humilié » et donc humilié deux fois.

Regardez les quelques images qui suivent, vous verrez que dans le premier volume (et j’espère que tout paraîtra), préfacé par Mario Hernandez, des Tarzan de Jess Marsh, à grands coups d’ombres et d’encre avec des silhouettes à peine esquissées, sans aucunes fioritures mais avec tout le nécessaire. Il y a bien là, pour ceux qui savent regarder, le plus beau des Tarzan.

Tarzan1_defaultbody
Tarzan2_defaultbody
Tarzan3_defaultbody
Tarzan4_defaultbody

Green Lama Volume 1

vendredi 4 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Edité par Dark Horse Archives

GreenLama2_defaultbody

« Green Lama », volume 1, chez Dark Horse (Green Lama est un assez obscur super héros américain venu des pulps puis qui devient le temps de quelques comic books un héros de BD) était dessiné par Mac Raboy avec une grande élégance et quelques belles inventions visuelles, ce qui m’amène d’ailleurs à faire le point sur quelques dessinateurs formidables qu’on ne connaît qu’au travers de ce qu’ils ont fait de pire sur de grandes bandes dessinées, comme « Tarzan » ou « Flash Gordon » où ils succédaient à des maîtres indépassables.

Quand Mac Raboy reprit « Guy l’Eclair » après Raymond, il n’y arrive pas, sinon le temps d’un épisode magnifique qui se passe sous l’eau, baroque et excessif à la manière de « l’Impératrice rouge », le reste est presque sans intérêt. Et quand sur
« Tarzan », un estimable dessinateur de comic books comme John Celardo s’y colle, il est nul.

Et quand un autre dessinateur qui fut peut-être le meilleur dessinateur d’héroïnes sexy de la bande dessinée américaine, Bob Lubbers – Ah ! son trop éphémère
« Robin Malone » sur scénario d'Al Capp, quelle merveille - s’y colle, à part quelques scènes où Jane justement nage en déshabillé, il est nul. Quand Nicholas Viscardi, qui n’est pas encore Nick Cardy, s’y colle, lui qui deviendra formidable à l’époque de
« Teen Titans » et de son western rigolo « Bat Lash », il est médiocre.

Il semblerait donc qu’il y ait des gens qui étaient fait pour la rapidité d’exécution du comic book et qui n’étaient pas fait pour le comic strip, c’est comme ça.

Ce qui d’ailleurs va m’amener à vous parler demain de « Tarzan ».

Commentaires (2)

Le suicide de la France

jeudi 3 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Jacques Vergès et Bernard Debré aux éditions Olbia

Sorti en 2002, passé relativement inaperçu (les réseaux fonctionnent quand on ne dit pas ce que les autres veulent entendre), « Le Suicide de la France », livre d’entretien entre Jacques Vergès et Bernard Debré, donc des opposés. Le sulfureux Vergès, qui défend les pires criminels, qui fut communiste, et le fils de Michel Debré, qui rêva un moment de faire supprimer ledit Vergès, parlent de l’état du monde, de la francophonie et du néo-colonialisme bien pensant.

Ils sont hélas d’accord surtout face à l’abrutissement général et à ce qu’on appelle
« l’opinion commune ». Je ne peux hélas qu’abonder dans leur sens, car quand on me parle des chinois et qu’on ne comprend pas pourquoi ils font ceci ou cela, j’ai envie de leur dire, comme moi, qui ai bien dû passer entre Hong-Kong et la Chine trois ans de ma vie au total, qu’ils ne comprennent rien aux chinois. Et que vouloir les comprendre sans connaître ni leur culture, ni leur civilisation, ni leur manière de penser, est une imbécilité.

Du côté de Vergès et Debré, ils parlent surtout de l’Afrique et ce qu’ils disent est lumineux. Ce n’est pas une lecture ardue, contrairement à ce que vous pourriez croire, et c’est un livre qui réveille et qui surtout nous rappelle qu’au début du siècle, on pouvait insulter les autres, être polémiste ou polémique, dire les plus grandes horreurs sur les gens et que cela se passait fort bien. Mais que par contre, si on employait l’insulte, on utilisait moins la calomnie de notre état « orwellien », puisque nous vivons réellement au pays du « Meilleur des Mondes » et de « 1984 » désormais.

Le livre est paru chez Olbia / Idées qui en a peut-être encore des exemplaires.

C’est vrai que nous manquent désormais Léon Bloy et autres invectiveurs, dans un monde où on est quand même arrivé à ce que le triste sir qui, maintenant, a gravé les échelons de la nomenclatura du côté de Radio France, Philippe Val ayant viré siné, a dû faire se retourner le professeur Choron dans sa tombe plus d’une fois.

Je le vois d’ici, dire pendant qu’il se remue dans son cercueil : « je suis vivant, grâce à ça, merci ».

Commentaires (1)

The paintings of Allen St John, grand master of fantasy

mercredi 2 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Stephen D. Korshak

Encore un livre d’art vital sur les illustrateurs.

A noter d’ailleurs qu’en Amérique, actuellement, presque tous les grands illustrateurs ont droit à leur livre, alors qu’en France rien ne se passe, contrairement à l’Italie où quelques musées ont fait quelques hommages, et où il y a désormais quelques catalogues consacrés à quelques grands artistes. Mais nous ne respectons pas nos illustrateurs, ou nous les avons oubliés ou, au nom de l’imbécile scission culturelle tout à fait récente et arbitraire entre illustrateurs et peintres, qui ne tient pas la route une seconde quand on y réfléchit (dans le cas de certains artistes d’importance), on les méprise.

En attendant, voici donc un livre sur J. Allen St John avec tout ce qu’il faut connaître de cet artiste extrêmement puissant et réaliste, simplificateur quand il le faut, qui se consacra essentiellement au fantastique au travers des œuvres d’Edgar Rice Burroughs, de son « Tarzan » et de son « John Carter of Mars », en nous émerveillant constamment. Car, presque chaque fois, même si les sujets étaient impossibles, je pense à ce Samouraï perché sur un dragon qui se bat avec un homme aigle : ça ne tient pas la route une seconde mais on y croit.

Voilà un livre superbe, évident, et où, ceux qui aiment Frazetta, Krenkel et les autres, doivent absolument y revenir, car il était leur maître : il peut devenir le vôtre.

The Paintings of J. Allen St John – Grand Master of Fantasy
Édité par Vanguard Productions en 2008 (www.vanguardproductions.net)

Paintingsofjallen_20090722150755_00001_defaultbody
Paintingsofjallen_20090722150755_00002_defaultbody

Enfin le dictionnaire de la mode

mardi 1 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

L’histoire de la mode est un de mes dadas et je peux être assez pointu dans le genre. Pour l’instant, aucun dictionnaire ne m’avait satisfait.

Et bien ça y est.

C’est le « Fashion Dictionary » édité par Guido Vergani chez Baldani Castoldi Dali editore, Inc. en Amérique et qui existe aussi bien sûr en édition italienne.

Dicodelamode_20090722150349_00001_defaultbody

J’ai été par exemple y chercher l’extraordinaire illustratrice qui travaillait pour « Donna » et qui avait un moment, au début de sa carrière, été l’objet de l’attention de René Gruau. Il la fit travailler un an dans son atelier à côté de lui avant de lui dire de s’envoler. Elle tenait de Gruau d’ailleurs dans la précision et l’économie du trait, mais faisait tout à fait le contraire, accumulant des dizaines de personnages sur des pages qui ressemblaient à des « pilotoramas », avec des numéros indiquant quel couturier avait habillé tel personnage dans la scène recomposée.

Je cours donc dans ce dictionnaire, immédiatement, à cette illustre inconnue qui s’appelle Maria Pezzi. Et oui elle est là, elle a même droit à deux longues colonnes. On parle bien d’elle et de sa relation privilégiée avec Dino Buzzati.

Je cours à Dino Buzzati, l’auteur de « Le désert des Tartares » qui curieusement était un grand amateur de mode et n’hésitait pas à commettre des articles sur les couturiers italiens au moment des défilés. Il est là.

Je cours ensuite à Cifonelli, mon couturier de prédilection, il est là et cela me fait penser que les magnifiques costumes de Catherine Frot dans le dernier film de Pascal Thomas « Le crime est notre affaire » sont signés Cifonelli. Ah ! la magnifique copie de robe de Grace Kelly modifiée pour Catherine Frot : voilà enfin quelqu’un qui a compris ce qu’était le costume de cinéma, ce qui n’est pas le cas de la plupart des couturiers qui créent des costumes pour un film, un jour ou un autre.

Si je cherche un peu la petite bête, je dirais qu’il manque Oliver Messel, le couturier de théâtre anglais, qui fit la chose la plus étrange du monde pour le cinéma, pour le
« Roméo et Juliette » de George Cukor : tous les costumes de femmes étaient d’Adrian et tous les costumes d’hommes de Messel, en contradiction absolue, et ça fonctionnait.

Il manque Travilla, grand couturier classique d’Hollywood qui, à la fin de sa vie, ne trouvant plus de travail, accepta de travailler pour une série télé où on lui demanda s’il pouvait faire des costumes vulgaires. Il répondit bien sûr, et lui qui avait habillé Ann Sheridan de grands fourreaux noirs classiques, se retrouva à costumer
« Dallas ».

Il manque aussi Ruth Rose, costumière de cinéma conséquente américaine, Walter Plunkett et Jacques Manuel qui non seulement fut un grand costumier, mais fit avec le dernier numéro de « La Revue du Cinéma » le 19/20, le premier ouvrage fondamental sur le costume de cinéma (inexplicablement oublié d’ailleurs dans la récente réédition soi-disant complète de cette revue), Carlo Mollino qui, en dehors de créer des meubles, des voitures, des avions, des maisons et de faire des photos polaroïd torrides, fit aussi quelques costumes anonymement pour des boutiques sexy de Pigalle, l’immense Irène Sharaff et par exemple le costumier de Wong Kar-wai qui à une époque était aussi son monteur !

Il manque dans les grands couturiers de théâtre anglais Charles Ricketts, il manque dans le « kinky », Frederick’s of Hollywood, et parmi les photographes je suis étonné de l’absence de Jean Larivière.

Quand on en arrive là, ça veut tout simplement dire que le dictionnaire est formidable car j’ai vraiment dû chercher la petite bête, pour faire mon malin.

Commentaires (1)