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Interview de Bachan, dessinateur de "Clones en série"

jeudi 3 octobre 2019

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Sebastian Carrillo, plus connu sous le nom de Bachan, est un artiste aux multiples facettes. À la fois grand amateur de bandes dessinées européennes, dessinateur de comics et illustrateur pour des agences publicitaires, il a œuvré pour les Humanoïdes Associés sur les dessins de Clones en série, scénarisé par Jean-David Morvan. Son engagement dans ce projet fut particulier : d’abord très enthousiaste à l’idée de travailler pour un éditeur qu’il voyait comme la « maison des géants », il fut vite pris d’un trac créatif qui l’empêcha d’avancer à son rythme habituel. D’abord publié pour être un triptyque du nom de Nirta Omirli, le projet fut suspendu après la publication des deux premiers tomes. Des années après, les Humanoïdes Associés lui ont offert la possibilité de terminer l’album, réunissant désormais les trois tomes sous le nom de Clones en série. Retour avec lui sur ce projet clé dans sa vie d’artiste.


Quelle était votre relation avec Jean-David Morvan ? Avez-vous créé ensemble l’aspect visuel du monde qu’il a imaginé ?

C’était d’abord cordial et distant. Nous avons commencé le projet sans même nous rencontrer ! Tout se passait par mail, nous travaillions comme des correspondants.

Je fus d’abord invité en 2001 avec d’autres artistes mexicains de bandes dessinées au festival d’Amiens (grâce à Pascal Mériaux). Je savais que Morvan était là, mais nous ne nous sommes pas vus. Il y avait une exposition de notre travail et Morvan découvrit quelques-unes de mes planches et demanda finalement à Pascal mon mail. J’étais déjà de retour au Mexique quand je reçus son mail me demandant si j’étais intéressé pour travailler dans l’industrie française et j’ai bien sûr immédiatement répondu positivement.

Il me demanda ce que j’aimais dessiner et je lui répondis « que dirais-tu d’un space-opera ? ». Il proposa donc l’idée d’une bande de « casques bleus » de l’espace coincés sur une planète extraterrestre hostile. Des idées commencèrent à germer dans mon esprit. Je lui envoyais des croquis, il les commentait, je faisais des arrangements en suivant ses notes, je rajoutais de nouvelles choses, quelques tanks… En général, j'apportais mes propres idées et Morvan les utilisait pour les rendre meilleures. C’était vraiment amusant ! À ce stade, il n’y avait même pas de script mais nous créions l’univers.

Au bout d’un moment, nous avons réalisé quelques pages et il est allé les montrer à des éditeurs. Je fus sous le choc lorsqu’il m’apprit que les Humanoïdes Associés étaient intéressés. Bien sûr, j'ai adoré l’idée et je mis à paniquer immédiatement ! Je ne crois pas qu’il réalisait à quel point je tenais les Humanoïdes Associés en haute estime (ce qui est toujours le cas). Au moment où nous avons reçu le feu vert, nous avions environ cinq pages déjà dessinées (les premières). Après ça, quand j’ai appris que le projet allait être édité par les Humanoïdes Associés, je fus littéralement pris par le trac ! Un trac dont je n’ai pas réussi à me débarrasser avant les trente dernières pages. 


Le laps de temps qui sépare ce qui devait être le tome deux et trois de Nirta Omirli est visible dans l’album final : il est évident que votre manière de dessiner et de coloriser a évolué. Comment êtes-vous parvenu à terminer cet album après des années d’interruption ?

Beaucoup de choses ses sont passées dans ce laps de temps. Cette série est un marqueur important dans ma vie d’artiste. Quand j’ai commencé, toutes les pages étaient faites sur papier, encrées à la plume et au pinceau, puis colorisées sur un Mac grâce à Painter. J’adore les couleurs numériques qui n’ont pas l’air d’être numériques. Quand elles semblent chaudes et organiques.

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu… Je suis réputé au Mexique pour être un artiste très rapide, mais travailler avec les Humanoïdes Associés (la maison de Moebius, rien de moins) a causé chez moi l’unique blocage artistique de ma carrière pour cause de trac. Rien de ce que je faisais n’était au niveau, alors je me tuais au travail et retravaillais mes planches sans arrêt. Cela m’a vraiment ralenti, donc pour essayer de fluidifier mon travail, je suis passé sur du dessin entièrement numérique sur le premier tome de ce qui devait être Nirta Omirli (je vous mets au défi de trouver où cette rupture eut lieu ! – il faut chercher vers le début de l’album). J’ai alors augmenté la résolution sur mes dessins originaux, en pensant que j’aurais alors de meilleurs détails lors de l’impression. Certaines pages étaient dessinées en 1200DPI, ce qui était complètement fou !

Puis au moment où nous avons fini le deuxième tome, les Humanoïdes Associés ont traversé une période difficile et ont commencé à annuler certaines séries, dont la nôtre. Quand les Humanoïdes Associés se sont remis sur pied, je suis tombé malade. En 2006, on me diagnostiqua une leucémie lymphoblastique aigüe. J’ai passé la majeure partie de cette année traité en chimiothérapie et j’ai vécu presque entièrement à l’hôpital.

Des années plus tard, Fabrice Giger (le PDG et éditeur des Humanoïdes Associés, NDT) est venu au Mexique et j’appris qu’il était surpris que je sois encore en vie. Je crois qu’à l’époque tout le monde pensait que j’étais mort. Il est rentré en contact avec moi, et m’a proposé de finir l’album et bien sûr, à nouveau, j’ai dit oui. C’était l’occasion pour moi d’en finir avec ce blocage artistique. Le fait d’avoir pu terminer Clones en séries m’a permis de transformer un échec en un simple retard de longue durée.

Pour la troisième partie, j’ai de nouveau tout fait en numérique, mais cette fois-ci avec une résolution plus raisonnable (400DPI) et un ordinateur bien plus puissant, sur Clip Studio Paint. Plus important encore, j’ai arrêté de me soucier de ma « qualité artistique » et je me suis juste laissé porter par l’histoire, ce que j’aurais dû faire dès le début. Je me sentais bien plus à l’aise en dessinant ces pages et je me suis mis pour la première fois à véritablement « rencontrer » ces personnages. Je regrette simplement de ne pas avoir réussi à faire ça pour les deux premiers volumes.

Peu après avoir bouclé Clones en séries, j’ai fait l’acquisition d’un stylo plume qui m’a fait de nouveau tomber amoureux du dessin sur papier. C’est comme si ma relation artistique avec le numérique avait commencé avec ce projet et s’était achevée en même temps que celui-ci. Aujourd’hui, j’utilise le support digital seulement pour des projets publicitaires, mais je me suis remis à dessiner toutes mes bandes dessinées sur papier.


Jean Giraud disait souvent que sa courte expérience au Mexique avait mis en germe dans son esprit les thèmes qui l’amèneraient à devenir Moebius. Pensez-vous que le Mexique a influencé quelque chose dans votre manière de dessiner ?

Pas consciemment. Je suis Mexicain. C’est ici que j’ai grandi. Pour moi, tout ce qui est mexicain est normal ; je ne crois pas que je puisse éviter d’être influencé par ce que je vois. Le Mexique est mon « paramètre par défaut ». Moebius et François Boucq ont l’air d’adorer la magie de mon pays. Honnêtement, je ne la vois pas vraiment… À mes yeux, c’est l’Europe qui est exotique !


Vous avez dit à plusieurs reprises que votre amour pour les bandes dessinées a commencé lorsque votre mère vous a donné un album d’Astérix. Considérez-vous que la bande dessinée franco-belge ait influencé votre travail ?

Comment vous dire… oui, énormément. Plus que n’importe quel artiste mexicain que je connais. Voyez-vous, ma mère était une professeure de langue française et avait donc une large collection de livre en français. Bien sûr, je me suis dirigé spontanément vers ceux qui étaient illustrés. Je n’ai pas appris à parler français, mais j’ai réussi à convaincre ma mère de m’acheter les albums traduits en espagnol. Enfant, j’avais une collection complète d’Astérix, puis de Lucky Luke, Iznogoud et enfin, lorsque Star Wars est sorti en salles, Valérian et Laureline. En vérité, je ne lisais pas du tout de bande dessinées américaines ou mexicaines étant petit. Peut être à l’occasion Mafalda par Quino. Mon père avait beaucoup de vieux magazines de comics MAD qui trainaient, mais comme je ne comprenais pas alors l’anglais, c’était des choses d’adultes. Mes bandes dessinées à moi étaient françaises.

Quand j’étais adolescent, ma mère m’a emmené à l’exposition « L’Alliance française » à Mexico. Il y avait des planches originales de Moebius et Bilal. Certaines planches de La Femme piégée et de Sur l’étoile. J’étais complètement sous le choc.  Je n’avais jamais rien vu de pareil. C’est à cet instant que j’ai décidé que je voulais être un auteur de bandes dessinées, bien que je n’aie jamais pensé que je pourrais atteindre un tel niveau. Plus tard, j’ai découvert les magazines Métal Hurlant, et j’y ai retrouvé des dessins de Moebius et de Bilal. C’est ainsi que j’en suis venu à lire des bandes dessinées françaises adultes. J’appris alors que la plupart des œuvres présentes dans Métal Hurlant étaient publiées en France par les Humanoïdes Associés, et c’est ainsi que j’ai entendu pour la première fois parler de cet éditeur. Maintenant, je sais que les publications des Humanoïdes Associés comprennent aussi des traductions d’œuvres publiées chez d’autres éditeurs, mais cette maison d’édition reste pour moi celle des géants. D’où mon blocage artistique dû au trac, des années plus tard.

Bien sûr, au fil du temps, je me suis intéressé à des bandes dessinées américaines et mexicaines (j’ai obtenu mon premier emploi à l’âge de 18 ans en dessinant des bandes dessinées érotiques bas de gamme pour Novedades Editores au Mexique). Enfin, j’ai découvert plus tard les mangas, en adorant le travail d’Otomo, Masamune Shirow, Katsuya Terada… Je me suis retrouvé avec un drôle de mélange d’influences.

Mais je dirais que mon introduction à la bande dessinée s’est faite par la tradition franco-belge. Ce qui est amusant, c’est qu’aujourd’hui quand je travaille avec des éditeurs américains, ils trouvent mon style trop européen et j’imagine qu’aux yeux des Français, mon travail est trop américain. Mince.


Vous avez aussi travaillé pour des éditeurs de comics, notamment pour DC Comics. Comment s’est passée votre expérience là-bas ?

J’ai fait seulement deux livres pour DC Comics, grâce à l’éditeur Dan Raspler qui m’a donné ma chance. C’était sur un Justice League of America et un Doom Patrol. Mon expérience là-bas fut très proche d’un travail avec des publicitaires : beaucoup de petits ajustements sur mes dessins avec des commentaires comme « réduisez la tête de 10% » ou « augmentez la taille du logo sur la poitrine de Superman de 15% ». On ne me laissait pas encrer mes propres pages, donc quelqu’un d’autre devait s’en charger et puisque je n’étais pas habitué à séparer les tâches, je laissais des indications. C’était bizarre. Plus tard, j’ai eu l’occasion de travailler avec Boom et Marvel et c’était bien plus détendu. Je crois qu’ils ont davantage confiance en la vision des artistes. 

Tags : Interviews

Marisol Flores

mercredi 25 septembre 2019

Nom de code : @terreur

Série : Ignited 

Âge : 16

Bio : Plutôt solitaire, elle n’est pas du genre à apprécier la compagnie. Désormais activée, elle est capable de repousser tout ce qui se met en travers de son chemin grâce une projection de force extrêmement puissante. 

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Tags : Personnages

Himari Saito

mercredi 25 septembre 2019

Nom de code : @poupéedepapier 

Série : Ignited

Âge : 17

Bio : Coincée lors de la fusillade contre un mur, elle s’active et devient bi-dimensionnelle. En d’autres termes, Himari est désormais capable d’évoluer sur des surfaces planes, ce qui lui vaut le surnom de « poupée de papier ».

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Tags : Personnages

Callum Healy

mercredi 25 septembre 2019

Nom de code : @viral 

Série : Ignited

Âge : 17

Bio : Un des leaders charismatiques du lycée de Phoenix, il fait d’ordinaire peu de cas des autres. Mais lorsqu’un de ses camarades est blessé lors de la fusillade, il décide de l’aider et se fait tirer dessus par l’assaillant. À ce moment là, il s’active et acquiert la possibilité de transmettre sur commande n’importe quel type de maladie à qui bon lui semble.

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Tags : Personnages

Pour Noël, offrez-vous le meilleur des Humanos !

jeudi 13 décembre 2018

A l'approche de noël, voici nos idées pour garnir le pied des sapins !

Nouveautés / bestsellers:

Carthago - T8

Les ressources naturelles sont cherchées toujours plus loin, toujours plus profond. Au risque de libérer des monstres qu'on croyait depuis longtemps disparus…



14,50 €



Méta-Baron - T6

Contrôlant l'Épyphite, l'Empire Techno est plus puissant que jamais. Son ambition et sa cruauté s'étendent désormais à tout l'univers, mais il reste un obstacle : Le Méta-Baron.



14,50 €



Les beaux livres :

Mœbius Œuvres : Arzach - Le Garage Hermétique

Les histoires déjantées de Mœbius, parues pendant sa période Métal Hurlant.




35,00 €




Mœbius Œuvres - 30*40 : Les Vacances du Major

Un des chefs-d'oeuvre de Moebius au plus fort de son art.



49,99 €





Les Intégrales :


EXO

(Série en 3 tomes)

Alors même que la NASA découvre une exo-planète susceptible d'abriter la vie, un projectile tiré depuis la lune endommage une station orbitale. Coïncidence ?


29,99 €





Retour sur Belzagor

(Série en 2 tomes)

Ancienne colonie, la planète Belzagor a été rendue à ses deux espèces intelligentes. Des scientifiques décident d'assister à leur rituel secret, la cérémonie de la renaissance...


24,95 €





Izunas

(Série en 2 cycles de 2 tomes)

Depuis la nuit des temps, les Loups Izunas sont les protecteurs de l'Arbre Sacré... Poursuivez votre voyage dans l'univers des Nuées écarlates.


39,95 €




Carthago Adventures - Intégrale sous coffret

Découvrez l’Univers Carthago et explorez les confins du monde connu à la recherche de créatures aussi légendaires que dangereuses.



49,99 €





L'Incal - Coffret Intégrale + Mystères

Les tribulations du minable détective John Difool, lancé à la recherche du précieux et convoité Incal. Le chef d'œuvre de Moebius et Jodorowsky.


94,95 €





Bouncer - Intégrale sous coffret
Étranger aux convenances et à l'ordre établi, le Bouncer appartient à cette catégorie de héros complexes et fascinants qui renouvellent le western sans le dévoyer. 


69,99 €






Nouvelles séries : 


Simak - T1/2


Un polar sombre et haletant par le scénariste de "Méta-Baron".



14,20 €





Shanghai Dream - T1/2

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’exil tragique d'un couple uni par sa passion du cinéma.



14,50 €





L'Aigle des Mers - T1/2


Embarquez à bord du dernier navire corsaire !




14,50 €

Tags : Parutions

Interview d'Enea Riboldi, dessinateur de L'Aigle des Mers

mercredi 23 mai 2018

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Dans Cap Horn déjà, vous représentiez d’anciens navires à voile. Est-ce quelque chose qu'il vous tient à coeur de dessiner ?

En effet, je trouve que les voiliers sont l'une des meilleures inventions de l'homme pour partir à la conquête de la mer. Ils sont chargés de sagesse et d'élégance.

L’histoire est inspirée de faits réels, plus précisément du comte Felix Von Luckner. Comment avez-vous entendu parler de cette histoire ?

La littérature maritime m'a toujours fasciné, grâce à des auteurs comme Conrad, Melville et bien d'autres. Un jour, je suis tombé sur ce vieux livre intitulé The World War Pirate de Felix Von Luckner  et j'ai été immédiatement intrigué. Tous les éléments étaient là : la mer, les derniers voiliers, une époque sur le déclin et l'orée d'une nouvelle ère.

Que connaissiez-vous du comte Felix Von Luckner ? 

J'ai lu sa biographie, et j'ai été frappé par la façon dont cet officier de marine, amoureux des derniers géants de la voile, se devait de les couler et donc de décréter la fin de ce monde qu'il aimait tant.

Qu’est ce qui a été le plus compliqué pour la création de cette histoire ?

Pour moi, c'est toujours le temps de m'adapter au contexte de mon histoire, on n'en sait jamais assez, donc je lis, je m'informe, je me documente, j'attends puis soudain tout devient clair, je me sens prêt. C'est seulement à ce moment là que je peux commencer.

Quelles relations entretenez-vous avec le monde maritime ?

Je suis un marin passionné et l'heureux propriétaire d'un vieux et petit cutter que j'entretiens avec soin. Tous les étés, je fais de longues croisières et, parfois, pendant que je navigue, les vagues et l'horizon ne forment qu'une seule et unique ligne bleue. J'ai l'impression de vivre un moment de perfection, suspendu dans le temps.

Tags : Interviews

“J’adorerais faire l’amour avec un extraterrestre.” Interview de Jerry Frissen pour la sortie de Simak T1

mercredi 16 mai 2018

Pourquoi avoir repris le concept du Simak originellement apparu dans Méta-Baron ?

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Le Simak de Méta-Baron est un transhumain, un homme tellement modifié qu’il n’a d’humain que l’aspect, et encore, il peut en changer presque à volonté. C’est un personnage que j’avais en tête depuis bien longtemps et qui me tenait à cœur. Il existait quelque part en moi avant même qu’il ne fasse son apparition dans Méta-Baron. Mais le personnage de cette nouvelle série n’est pas exactement le même. 
L’histoire se passe quelques siècles plus tôt et cet « ancien » Simak fait partie de la toute première génération de ces hommes modifiés. C’est un prototype en quelque sorte et il est encore loin d’avoir les capacités qu’aura le Simak de Méta-Baron. Il est plein de défauts dont celui de tout ignorer de ses origines.



Quelles ont été vos inspirations pour créer cette histoire ? Depuis combien de temps mûrissez-vous le projet ?

J’ai quelques obsessions qui trainent en moi depuis longtemps. Celle du transhumanisme en est une. Mais je voulais prendre le sujet d’un côté plus personnel et parler de la chair plus qu’autre chose. Mon intérêt pour le transhumanisme est plus psychologique que scientifique ou philosophique. 

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Comment existe-t-on quand on a été modifié au point de n'avoir que peu de liens avec ce qu’on appelle "humain" ? Quel rapport a-t-on avec un corps qui est capable de se transformer de façon radicale ? Dans Méta-Baron et dans Simak, les transhumains – les Simaks – ont été modifiés dans un but purement sexuel. Ce sont des poupées qui n’existent que pour donner du plaisir à leurs clients – ce qui ne leur plait d’ailleurs pas du tout. Ce sont des prostitués involontaires, des esclaves sexuels. Mais au-delà du problème moral, ce qui me plaisait dans ce sujet, c’était de parler de leur corps qui est un terrain de jeu pour les expériences charnelles les plus extrêmes. Je voulais ainsi imaginer la naissance d’une nouvelle humanité et me demander comment ces créatures allaient exister, développer leur culture, leurs désirs, leurs frustrations, etc. Ce que je raconte dans Méta-Baron et Simak sont des histoires parallèles qui traitent de ce même thème. 
Ce sera plus poussé dans cette nouvelle série puisqu’un de ces Simaks en est le personnage principal. Sinon, il y a une influence « satellitaire » importante, le sublime Délirius de Philippe Druillet et Jacques Lob auquel la planète Solar Corona, théâtre de cette première enquête, est un hommage.

Lisez-vous du polar ? 

Pas énormément mais j’ai toujours été amateur de Jim Thompson, James Ellroy, Edouard Bunker et surtout Harry Crews, dont Body restera pour toujours un de mes livres favoris. Il y a aussi The Caves of Steel d’Asimov qui est un merveilleux polar de SF. D’une manière générale, j’aime bien les histoires de « flics de l’espace » comme dans Blade Runner ou Outland au cinéma.

Pourquoi avoir choisi le dessinateur Jean-Michel Ponzio pour dessiner votre histoire ? Comment s'est déroulée votre collaboration ?

C’est une proposition des Humanos qui me convenait bien. Je le trouve très fort pour faire exister cette planète de l’excès. Il a tout de suite fait des propositions pour rendre cet univers crédible et j’ai adoré ça. À ce stade, c’était ma préoccupation principale. 
Cette planète devait ressembler à un Las Vegas du futur et sa vision a tout de suite été la bonne. Il a une façon de travailler particulière, il sélectionne des acteurs, fabrique des costumes, des objets, des armes et crée le reste en digital. C’est plutôt excitant comme système de travail. Il m’a montré chaque étape. Le travail de scénariste oblige à se faire discret à un moment, pour que le dessinateur puisse apporter sa propre façon de voir les choses

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Dans un univers aussi barré, on a l’impression que tout est possible (transformation, mutation). Est-ce qu’il y a des choses que vous vous interdisez ?

Non, je ne m’interdis rien, au contraire même, j’essaye de pousser au maximum et Bruno Lecigne, mon éditeur, m’encourage à aller dans ce sens. Mais fondamentalement, écrire est une exploration et j’essaye d’aller chaque fois un peu plus loin avec chaque nouveau projet. Chaque histoire apporte quelque chose qui sert à construire la suivante. C’est une évolution constante. J’essaye de ne pas avoir de pudeur et de parler de tout ce dont j’ai envie de parler. 

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Pas besoin de perdre son temps à se demander si on peut ou pas aborder tel ou tel sujet. Il y a cependant des sujets, des idées que je ne sais pas comment traiter, je les repousse de mois en mois, d’année en année, en me disant que je trouverais bien le bon moment et la bonne façon de les aborder. Il y a par exemple une histoire que je retarde depuis longtemps. Après chaque livre, je m’y remets et chaque fois j’abandonne après quelques jours. C’est une histoire trop dure, trop déprimante et elle me donne envie de pleurer. Pourtant je l’aime bien, mais elle me force à aller quelque part en moi où je n’ai pas envie d’aller. En tout cas, pas pour le moment.



Entre Blade Runner 2049 et Altered Carbon, la SF actuelle s’intéresse beaucoup aux corps modifiés ou augmentés, aux androïdes… Comment vous positionnez-vous par rapport à ce sujet et ces œuvres ?

Comme je le disais plus haut, c’est le côté charnel qui m’intéresse principalement. J’ai souvent envie de parler de sexe – sans pour ça avoir la moindre envie de faire de la bande dessinée porno – et le transhumanisme était une porte d’entrée parfaite pour effleurer le sujet. C’est un sujet passionnant mais il me faudra beaucoup de travail pour arriver à dire ce que j’ai envie de dire. Ça va sans doute se distiller en petites quantités, de livre en livre. 

J’écris pour le moment une histoire d’amour entre un homme et un extraterrestre – d’ailleurs j’adorerais faire l’amour avec un extraterrestre. Dans Simak, et plus particulièrement dans le deuxième tome, je me suis posé la question de savoir ce que serait une relation sexuelle quand on peut se transformer suffisamment pour caresser le cœur ou le cerveau de son partenaire.

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Avec Exo, vous avez fait de la hard science, avec Méta-Baron du space opéra, ici plutôt du polar intergalactique. Comment jonglez-vous entre ces styles ? Quelles sont les contraintes d'écriture ? 

Je ne pense jamais vraiment à ça. Ce sont toujours des histoires de personnages avec leurs motivations. Je vois en fait quelque chose qui est en train de se « dessiner » entre toutes mes séries et que je n’ai pas fait consciemment. Les personnages forment une espèce de famille et se répondent les uns les autres. Je ne suis pas à la recherche de ce genre de choses, mais ça s’impose malgré moi. Alors je laisse faire. 

En ce qui concerne Simak, je n’ai pas commencé la série en me disant que j’allais entrer dans telle ou telle catégorie. Même si je ne nie pas bien sûr que tout cela existe et qu’effectivement je vais dans des directions différentes. Il y a sans doute quelque chose de très excitant à changer de genre. C’est une sorte de récréation. Je peux oublier toutes les questions que je me posais sur le livre précédent et qui me faisaient mal au cerveau. Du coup, je m’en pose d’autres et les douleurs reprennent… Une des particularités de Simak était que je voulais faire quelque chose de très excessif, qui se passe dans un monde extrême et outrancier, avec une tension qui ne s’arrête pas avant la dernière page. Je voulais aussi qu’il y ait une idée par page et c’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant.

Avez-vous en projet d'autres séries agrandissant le “Méta-univers Humano” ? 

Oui, certainement d’autres projets de séries. Il y a par exemple dans Méta-Baron, deux personnages qui apparaissent dans le tome 7 que je ne pourrais jamais abandonner. Il faut que j’en fasse quelque chose d’une façon ou d'une autre.

Tags : Interviews

Interview de Daniel Pizzoli, auteur d'essais sur la bande dessinée

lundi 16 avril 2018

Comme beaucoup d'enfants des seventies, Daniel Pizzoli découvre les premières pages de Blueberry dans la revue Pilote. Quelques années plus tard, l'étudiant aux Beaux-Arts et à l'école des Arts décoratifs, passionné de western, décide de consacrer sa thèse à ce personnage mythique. Ancien roughman et storyboarder dans la publicité, Daniel Pizzoli réalise plusieurs ouvrages sur le dessin de Jean Giraud dont Il était une fois Blueberry publié chez Dargaud et Mœbius ou Les Errances du trait chez PLG éditions. Pour Les Humanoïdes Associés, il signe la postface de l'édition anniversaire Arzach & Le Garage hermétique. 

Comment un passionné de Blueberry, une série où Giraud poursuit un style académique, en vient à s’intéresser aux dessins de Mœbius  ?

Si l'inspiration et l’esprit de Mœbius sont novateurs, le dessin reste intrinsèquement classique, voire académique, même quand il verse dans l’abstrait. Cette cohabitation étrange, qui paraît pourtant aller de soi chez ce dessinateur, conjuguée à mon intérêt pour le dessin expliquent pourquoi l’œuvre de Mœbius exerce une telle attraction sur moi.

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En quoi la technique de Mœbius se démarque-t-elle de celle des autres auteurs que vous avez pu observer ?

Ce qui le caractérise est son attachement aux matières et à la lumière. Ce sont des choses que l’on retrouve également chez Hermann. Mais, plus profondément, au-delà du dessin et de la maîtrise technique, le « style Mœbius », c'est la grâce aérienne du trait, sa fluidité unique. Aucun des nombreux faux qui circulent désormais sur la toile, ou parfois dans les galeries ou des salles de ventes prestigieuses, ne parvient à reproduire ce trait magique et habité.


Dans la postface de Arzach & Le Garage hermétique vous soulignez la fluidité de Mœbius pour les plans et découpages mais finalement vous démontrez que cette apparente facilité résulte de « savants calculs » ?

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Je ne parlerais pas de calculs mais de réflexion. Toute création aboutie procède d’une réflexion. À partir du moment où Mœbius avait intériorisé les règles de la narration graphique, de la composition et des techniques du dessin classique, c’était devenu pour lui une seconde nature de jouer avec. Comme le fait n’importe quel artiste parvenu à maturité dans sa discipline. Il y a une intelligence du dessin. Elle se manifeste avant et pendant l’acte de dessiner, c’est là que réside l’intimité de la relation que l’artiste entretient avec ses outils et sa création.


Justement, vous semblez très bien connaître ses techniques et outils ! Avez-vous eu l’occasion de le rencontrer et d’échanger avec lui ?

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Mœbius utilisait des techniques classiques de dessin. Celles que tout étudiant en art expérimente au cours de son cursus. J’ai lu ses entretiens et beaucoup observé ses œuvres et ses originaux chaque fois que c’était possible. Grâce aux photos et aux vidéos où on le voit dessiner, j’ai pu reconnaître le matériel qu’il utilisait et la façon dont il s’en servait. J’en ai parfois discuté avec lui lors de rencontres occasionnelles. Il était toujours partant pour parler de dessin, pour peu qu’on lui en donne l’occasion. Je me souviens d’une amusante conversation à propos des mérites comparés de deux marques de rapidographes.


Ici vous livrez des techniques précises, notamment celle des pointillés pour représenter les ombres des visages sans avoir à faire de contour. Ce sont des astuces qui peuvent servir à des étudiants en dessin finalement ?

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En fait, je ne révèle rien aux étudiants et professionnels qu’ils ne sachent déjà. Ce sont des bases que l’on apprend dans les écoles d’art : comment rendre une ombre, une lumière, une matière de diverses manières. Les possibilités sont infinies. Mœbius, par exemple, a connu plusieurs périodes pointillistes, de celle des années 1970 qui paraît aujourd’hui datée, jusqu’à celle des années 2000. Observer et s’imprégner des œuvres qui l’ont précédé fait partie de la formation d’un artiste. Ainsi Mœbius a emprunté cette technique à l’illustrateur Virgil Finlay.


Pourquoi avoir choisi de ne présenter que l’aspect graphique du travail de Mœbius ?

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J’estime que la plupart des essais et articles qui paraissent sur la bande dessinée n’abordent pas l’aspect formel ou alors de manière très superficielle. On finit par oublier que la bande dessinée c’est avant tout du dessin, tout au moins pour les artistes attachés au mode de représentation réaliste (« l’aristocratie du dessin » comme disait Mœbius) et au travail considérable qu’il implique.  À mon échelle très modeste, j’essaie d’apporter un regard différent et faire œuvre de pédagogie. Je tente très prosaïquement de montrer la somme de travail, de connaissances, de sensibilité et de savoir-faire techniques nécessaires pour créer une image. Ce que tous les dessinateurs savent, mais ce dont le grand public n’a qu’une très vague idée. On ne nous apprend pas à regarder, tout juste à voir. Or, développer l’acuité du regard dans un monde désormais dominé par l’image et la vitesse me semble plus que jamais indispensable. Regarder demande du temps et de la concentration.


Je lis ou entends souvent dire qu’analyser une œuvre est un acte purement intellectuel qui tue l’émotion. En réalité, c’est exactement le contraire qui se produit. Plus on entre dans l’intimité d’un dessin ou d’une création, plus on est touché par elle. On y découvre des richesses cachées exaltantes. J’essaie de transmettre à mes lecteurs ce plaisir de la découverte en espérant, qu’à leur tour, ils se lanceront dans cette chasse au trésor.  




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